Le 06/07/2012 | Mis à jour le 06/07/2012 11:39:51
Consultant du jeu au pied au sein du staff du Stade Français, Diego Dominguez souhaite transmettre son exigence aux Parisiens. Pour lui, les joueurs doivent assimiler ce sens du sacrifice pour améliorer leur technique. Mais son travail s'annonce colossal.
Dissimulé au milieu de l'effectif du Stade Français, une silhouette italo-argentine affûtée et bien connue du club parisien multiplie les sprints en côte dans le Parc de Saint-Cloud. « Diego, arrête... il y a un temps pour tout », plaisante David Auradou, l'entraîneur des avants, son ancien coéquipier. « Il a des cannes », lance Christophe Laussucq impressionné. A 46 ans, Diego Dominguez tient la distance face à la jeune génération du Stade Français. « Je n'ai jamais arrêté, sourit-il. J'ai gardé cette discipline et je cours toujours une heure par jour.» Nommé consultant du jeu aux pieds, le quatrième meilleur marqueur de l'histoire avec 1010 points (derrière Dan Carter, Jonny Wilkinson et Neil Jenkins) est un exemple de travail pour le groupe parisien.
A l'instar de Gonzalo Quesada au Racing-Métro, l'ancien demi d'ouverture international (il compte deux sélections avec l'Argentine mais a fait la grande majorité de sa carrière avec l'Italie entre 1991 et 2003, ndlr) fait partie de ces techniciens désormais sollicités par les clubs du Top 14 pour enrichir la panoplie de leurs joueurs. Sur le terrain du site de la Faisanderie, Dominguez dissèque le geste parfait pour traverser le ballon, corrige l'axe de la cheville par rapport au pied, explique aux trois-quarts le positionnement automatique à avoir sous les chandelles. L'Italien part de (très) loin. « Avec les défenses en place, il faut les contourner avec le pied, gagner de l'espace avec le pied, insiste-t-il. Les joueurs doivent se mettre dans la tête que les mains et les pieds, c'est la même chose. C'est un bagage technique obligatoire pour un joueur professionnel. Sinon, il ne mérite pas d'être professionnel. Il va en deuxième ou troisième division. Quand ils arriveront à faire un coup de pied de 40, 50 mètres, ce sera une belle sensation dans leur corps. A l'ouvreur, je vais demander de mettre 14, 15 points par matches et s'il a un drop en face des poteaux, il ne peut pas le manquer. Et le coup d'envoi doit être parfait.»
Sous les yeux du directeur sportif, Richard Pool-Jones, Dominguez multiplie les ateliers. Les joueurs, eux, donnent par moment l'impression de taper pour la première fois dans un ballon. « Il y a des joueurs qui ne savent pas comment taper au pied, eh oui, avoue l'ouvreur sacré champion de France à quatre reprises avec le club parisien. C'est jamais trop tard (sourire). Il faut être positif. J'ai joué jusqu'à 38 ans et chaque année j'essayais d'apprendre quelque chose de nouveau. Dans trois, quatre ans, tous les joueurs sauront passer, taper, plaquer. Aujourd'hui, 80% des joueurs ne savent pas taper dans un ballon, 5% tapent bien et 15% moyen.» Pour combler ce gouffre, un seul mot d'ordre : « La réussite du haut niveau c'est celui qui est disposé à donner un peu plus. C'est comme ça qu'on gagne, avec cette discipline, cette exigence. Ce sont aussi des sacrifices. Pas sur un week-end ou un mois mais sur une année complète. Pour gagner, il faut souffrir. On ne peut pas faire n'importe quoi et gagner. Ce n'est pas possible.» Un message sans compromis.
Vincent PERE-LAHAILLE @vpl_lequipe
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