MSN Sports Tennis - Le nouveau défi de Loïc Courteau
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30/12/2008 | 09:54| Tennis - ATP

Le nouveau défi de Loïc Courteau

Pendant dix-huit ans, Loïc Courteau a entraîné des joueuses. Véritable référence sur le circuit WTA, l'ancien coach d'Amélie Mauresmo se lance dans une nouvelle aventure avec Paul-Henri Mathieu au sein du Team Lagardère. Contrairement aux préjugés, les deux mondes, féminin et masculin, sont très proches et les univers gagneraient à se côtoyer. Loïc Courteau déplore ce manque de passerelle et invite tous ses collègues à passer le cap : « Je suis persuadé que dans une formation d'entraîneur, il faut passer par l'entraînement des filles pour être un meilleur coach. Cela apprend beaucoup psychologiquement et techniquement

« Loïc Courteau, entre Paul-Henri Mathieu et Amélie Mauresmo, existe-il beaucoup de similitudes? Notamment en termes de sensibilité ?

Paul-Henri est très sensible. Tout ce qu'il peut entendre ou lire peut le toucher et en même temps le rendre fort. Il existe énormément de similitudes avec Amélie. Ils ont le défaut de leur qualité. Il faut qu'ils arrivent à transformer leur émotion en force. Quand cela reste en faille, c'est très difficile. Mais quand cela devient une force, ils sont plus forts que les autres. Quand j'ai commencé avec Amélie, elle n'a pas gagné de gros titres pendant quatre ans. Paul-Henri a peut-être moins de temps qu'elle, mais le plus important est qu'il essaie de tirer le meilleur de ce qu'il peut faire. Après, est-ce qu'il va gagner ou pas un Grand Chelem ? Ce n'est pas donné à tout le monde non plus. Paul-Henri a connu beaucoup de blessures, il a vécu des matches difficiles et il a toujours su rebondir pour atteindre son meilleur classement. Cela veut quand même dire qu'il est fort mentalement. Mon boulot va être qu'il ait plus de recul par rapport aux matches perdus et aux grands événements. Il faut qu'il ait plus de certitudes dans son jeu et de sérénité. On n'a pas d'objectifs sauf là-dessus : aborder les événements avec plus de sérénité.

Les tennis féminin et masculin ne paraissent pas si éloignés ?

Non, je n'ai pas eu l'impression d'avoir vécu de transition. La seule différence se situe dans le physique, la vitesse de balle. Les entraînements et la logique du tennis restent les mêmes. Ce sont deux bosseurs, ils ont un peu la même sensibilité. Quand Paul-Henri fait un entraînement avec Gasquet ou Baghdatis, cela joue beaucoup plus vite mais l'exercice reste le même. Les fondamentaux restent les mêmes.

Pour vous, la page du tennis féminin est tournée ?

Non, elle ne sera jamais tournée. Je pense que j'y retournerais même un jour. Chez les entraîneurs, on devrait avoir beaucoup plus de passerelles entre le tennis féminin et le tennis masculin. Les uns gagneraient énormément à passer de l'autre côté.

Est-ce plus facile d'entraîner un homme qu'une femme ?

Je ne sais pas. On est normalement plus dans l'émotion avec les filles. On voit des matches qui font des hauts et des bas en permanence, on voit des pleurs après les matches. Certains détails peuvent prendre des proportions importantes. Mais c'est comme dans la vie. Il faut le prendre comme une histoire. C'est vrai que chez les hommes, nous avons moins ces détails-là. Mais je pense qu'il y a énormément d'entraîneurs masculins qui devraient passer chez les filles pour apprendre toutes ces petites facettes de la psychologie et des détails. Cela les rendrait sûrement meilleurs dans leur boulot.

Pourquoi ces passerelles n'existent-elles pas ?

Il y a quelque temps, entraîner des filles, ce n'était pas valorisant pour un entraîneur ou c'était une punition. Je me souviens à la Fédération, ceux qui entraînaient les filles étaient punis. Je suis persuadé que dans une formation d'entraîneur, il faut passer par l'entraînement des filles pour être un meilleur coach. Cela apprend beaucoup psychologiquement et techniquement. Il y a aussi beaucoup de technique chez les filles. Comme l'émotion rentre dans la technique, on est sans cesse à essayer de trouver des choses techniquement. Je ne dis pas que c'est facile. Mais quand on arrive chez les hommes où il y a un peu moins d'émotion, on arrive plus vite à voir. Je ne vais pas me faire des amis en disant cela (sourires). Ils vont me prendre pour un fou. Mais je serais responsable d'une Fédération, j'en enverrais un paquet faire une formation.

Pourtant, il y a très peu de grands entraîneurs qui ont fait les deux.

Après, on est catalogué. Et puis il y a aussi l'expérience. Cela fait dix-huit ans que j'entraîne des filles, je connais énormément les filles que ce soit au niveau français ou international. C'est aussi une expérience. De changer, il faut que je refasse mes gammes pour « apprendre » à connaître tous les joueurs. C'est vrai que c'est quelque chose qui peut être un peu difficile. Mais en fait, Paul-Henri connaît bien les joueurs et je me focalise davantage sur lui.

Mais n'est-ce pas intéressant de proposer un regard neuf ? Vous voyez peut-être des choses différentes ?

Exactement. Je lui dis : "je ne le connais pas, donne moi des infos et voilà ce que tu vas faire par rapport à ton jeu. Par rapport à ton axe de progression, tu joues comme cela et ton adversaire, on s'en fiche comment il joue". Normalement, il doit s'adapter quand cela ne va pas et il connaît ses adversaires.

Est-ce aussi un travail sur l'autonomie et la responsabilisation ?

Avec Amélie (Mauresmo), c'était aussi une façon de travailler avec cette phase d'autonomie et de responsabilisation tout en étant présent. Cela rassure. On est là, mais c'est toi qui joues et qui dois servir pour le match. C'est toi qui dois savoir quoi faire. Il n'est pas question que tu me regardes. On avait beaucoup travaillé là-dessus. Il y a des moments où ce n'est pas facile. Mais il ne faut pas prendre l'habitude quand cela ne va pas, de regarder l'entraîneur. C'est aussi valorisant de trouver la solution par soi-même. C'est l'essence même du tennis. C'est aussi pour cela qu'il n'y a pas de coaching en permanence en tennis.»

Recueilli par Sophie DORGAN

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