
| Passation de pouvoir entre Justine Henin et Ana Ivanovic, future n°1 mondiale. (L'Equipe) |
FINALE FEMMES
IVANOVIC, L'HÉRITIÈRE
Tout simplement trop forte. Pour remporter son premier titre du Grand Chelem, Ana Ivanovic a dominé (6-4, 6-3) Dinara Safina, émoussée physiquement par ses marathons précédents. Numéro un mondiale dès lundi, la Serbe prend la succession de Justine Henin, venue lui remettre le trophée.
Une passation de pouvoir a toujours un goût doux amer. Entre la lauréate, Ana Ivanovic (1,85 m), et la finaliste, Dinara Safina (1,82 m), Justine Henin (1,67 m) représente déjà un autre temps. Le temps passe et le tennis féminin change. Il y a seulement un an, la Belge brandissait le trophée. Ce samedi, elle est assise dans la tribune présidentielle et remet la coupe à son héritière, Ana Ivanovic, tombeuse (6-4, 6-3 en 1h38') de Dinara Safina. Au-delà du passage de témoin entre deux numéros un mondiales, c'est le symbole d'un changement de jeu. La puissance a pris le pouvoir et la différence de taille entre la Belge et la Serbe n'est pas qu'anecdotique.
L'an dernier, Ana Ivanovic perdait en finale contre Justine Henin, son jeu en variations, sa couverture de terrain impeccable et sa capacité à pratiquer un tennis complet. Aujourd'hui, la Serbe de 20 ans a bien mûri et remporte son premier titre du Grand Chelem contre Dinara Safina qui possède un jeu assez similaire au sien avec des grandes frappes des deux côtés. Si la créativité a perdu quelques plumes, la puissance a gagné quelques kilomètres/heure et la Serbie empoche deux titres majeurs en six mois après Novak Djokovic en Australie. «Je me suis dit Novak l'a fait, je peux le faire», avoue en souriant la tête de série n°2. Mais il serait réducteur de résumer le jeu de la future numéro 1 mondiale à une succession de missiles envoyés sans discernement. Ses frappes brutes s'accompagnent de changement de rythme, d'un jeu vers l'avant intéressant, d'une prise de balle précoce, d'un coup droit exceptionnel en décalage et d'un service à la technique très propre. Pour compléter l'histoire, elle possède une bonne main à l'image de sa contre-amortie croisée sur un énorme échange pour revenir à 40-40 dans le troisième jeu du deuxième set. Mais dans une finale, la technique passe parfois au second plan.
Ivanovic, plus affûtée et plus complète
Plus expérimentée que son adversaire, Ana Ivanovic a parfaitement géré le poids de l'événement et a su tenir le choc quand elle a vu Dinara Safina revenir de 4-1 à 4-4 au premier set. L'expérience de ses deux finales perdues à Paris et à Melbourne cette année, a pesé. «J'en ai tiré les enseignements», plaide la lauréate au débit en anglais aussi rapide que ses frappes. Sa volonté, née peut-être dans la douleur d'un pays en guerre, et sa capacité à ne jamais reculer, gagnée lors de ses premiers entraînements dans une piscine vide, lui permettent de résister à la pression de deux balles de break au moment de conclure la première manche. Sur ces deux points, elle ne subit pas et délivre deux coups gagnants, l'un en coup droit et l'autre à la volée. «Dinara se déplace beaucoup mieux qu'avant, se montre plus agressive, il fallait que je gagne du temps sur elle, que je rentre dans le court», analyse la Serbe. Dans un match aussi tendu, le gain du premier set représente beaucoup, même pour une rescapée comme Dinara Safina qui a sauvé des balles de match en huitième et en quart de finale.
Si le premier set s'est joué au mental, la deuxième manche se remporte au physique. Dès que les échanges se prolongent, Ana Ivanovic se montre la plus forte à l'instar de son break au troisième jeu. La Russe commence à montrer les premiers signes de fatigue à son clan. « Je manquais de fraîcheur. Je n'avais pas la puissance de feu des matches précédents. J'étais fatiguée mentalement, fatiguée physiquement. Même si je voulais aller de l'avant, mon coeur n'y était plus», avoue la finaliste. Sous pression sur sa deuxième balle de service, elle commet cinq doubles fautes et s'étiole progressivement. Une finale puise de l'énergie avant et pendant. Dinara Safina paie tous les efforts accumulés. Bien sûr, la petite soeur de Marat a réalisé de gros progrès physiquement, mais son déplacement est nettement moins explosif que son adversaire qui a accompli une véritable métamorphose depuis l'an dernier. Affinée, la Serbe défend beaucoup mieux, quadrille mieux le terrain et ne recule quasiment jamais. Et surtout la tête de série n°2 récupère mieux après les longs échanges. Après le septième jeu perdu à 4-3 qui a duré quatorze minutes, elle gagne huit points sur les neufs disputés pour s'imposer en 1h38' sur un revers chanceux. Juste avant la pluie... Une chance qu'elle a su saisir et qui en appelle d'autres. Lundi, Ana Ivanovic portera le dossard de numéro 1. Son jeu et son tempérament plaident en faveur d'un bail à long terme...