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Rafael Nadal éclipse Roger Federer dans la pénombre du court central de Wimbledon. (L'Eq.)

LE BILAN DE LA SAISON 2008

C'EST LA TOURNÉE DES PATRONS

Après plus de quatre ans de règne, Roger Federer a été détrôné par Rafael Nadal à la tête du classement mondial. Cette passation de pouvoir a donné lieu à un véritable chef d'oeuvre en finale de Wimbledon. Du côté des Français, l'émulation bat son plein avec Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon et Gaël Monfils qui dépassent Richard Gasquet.


Le rétroviseur devient souvent un miroir grossissant qui épure l'histoire de ses petits avatars. L'Histoire, avec sa grande hache, retient le changement de patron entre Roger Federer, installé sur le trône de l'ATP depuis le 2 février 2004, et Rafael Nadal, devenu numéro 1 mondial le 18 août 2008. L'Histoire, avec sa grande âme, se souvient de ce 6 juillet. A 21h16, Rafael Nadal s'effondre sur le gazon londonien, il vient de terrasser le maître des lieux après un combat épique (6-4, 6-4, 6-7 [5], 6-7 [8], 9-7) de 4h48' et décroche ainsi son premier titre à Wimbledon. A la tombée de la nuit, la passation de pouvoir se teinte de clair-obscur avec le combattant majorquin, toujours très respectueux, et le gentleman suisse, toujours élégant même dans la défaite.

Ce match résume bien l'intensité de leur mano a mano depuis quatre ans. Et le jeu vient de prendre un virage historique. L'année 2008, c'est avant tout ces 4h48' de lutte intense. Novak Djokovic a bien gagné son premier tournoi du Grand Chelem en Australie ou sa première Masters Cup à Shanghaï, Andy Murray a bien prouvé son immense potentiel, l'Espagne a bien remporté la Coupe Davis sur les terres, embuées par les larmes des Argentins, les Jeux Olympiques ont bien dressé une belle couronne à Rafael Nadal en simples et Roger Federer-Stanislas Wawrinka en doubles, etc. Pourtant, s'il ne fallait garder qu'un souvenir, cette finale de Wimbledon reste comme LE chef d'oeuvre. Et ce n'est pas la fin de l'histoire. Diminué par une mononucléose en début de saison, Roger Federer a fini l'année en grande forme à New York avec son treizième titre du Grand Chelem à une encablure du recordman, Pete Sampras. Transcendé par son duel, Rafael Nadal ne perd jamais le fil de la connaissance pour améliorer toujours et encore son jeu. L'un fait grandir l'autre et inversement.

La bande des quatre

Cette émulation galvanise l'ensemble de la troupe et les Français jouent groupés avec quatorze Tricolores dans les 100 premiers mondiaux et surtout deux joueurs dans le fameux Top 10. Pour la première fois depuis l'ère Noah-Leconte, Jo-Wilfried Tsonga (6e mondial) et Gilles Simon (7e mondial) ont connu les joies du Masters. Le grand Jo a donné le ton en se hissant en finale de l'Open d'Australie. « En Australie, Jo (Tsonga) nous a bien montré la voie. Ce n'est pas un hasard si Gaël (Monfils) a réussi à bien jouer à Roland-Garros (demi-finales), c'est aussi parce qu'il voit son pote faire une finale six mois avant et il pense plus que jamais que c'est possible», commente Gilles Simon, seul Français à avoir réussi à battre les trois premiers mondiaux cette saison. Jo-Wilfried Tsonga, victorieux du Masters Series de Bercy, Gilles Simon et Gaël Monfils (14e mondial) ont rejoint puis dépassé leur copain, Richard Gasquet. Cette saison, le Biterrois a marqué le pas en rétrogradant de la 8e place mondiale à la 25e, mais son talent reste intact. Titillé dans son orgueil, il pourrait retrouver le sens de la marche et suivre l'exemple de ses potes.

Le phénomène d'identification joue à plein pour cette nouvelle génération. « C'est beaucoup plus facile de s'identifier à des joueurs qu'on connaît, d'autant plus avec Jo parce qu'on se connaît bien. C'est beaucoup plus facile surtout en termes de repères tennistiques. On peut s'entraîner toute la saison ensemble. Je l'ai à l'oeil (sourires) et lui aussi, plaisante Gilles Simon. Quand il arrive à battre les meilleurs joueurs, je sais que je peux le faire aussi. » Ce « pourquoi pas nous ? » façonne toujours les grandes histoires et les Français cultivent cette émulation sans oublier d'où ils viennent. A Poitiers, à l'Insep et au Centre national d'entraînement (CNE), ils ont rêvé et aujourd'hui, ils concrétisent. Tout simplement.


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