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La cérémonie de remise des trophées a duré presque aussi longtemps que la partie. (L'Equipe)

Finale - Femmes

LA PATRONNE, C'EST SERENA

La patronne se nomme Serena Williams. Après l'avoir clamé haut et fort, l'Américaine le prouve haut et fort en infligeant une leçon de cinquante-neuf minutes (6-0, 6-3) à Dinara Safina pour remporter son dixième titre du Grand Chelem et retrouver la première place mondiale.


Un titre du Grand Chelem pour Serena Williams, c'est comme un iceberg. Quand le dixième émerge, on s'aperçoit de l'étendue du palmarès de l'Américaine qui totalise dix titres en simples et dix en doubles en Grand Chelem, dépasse ainsi Monica Seles et retrouve la première place mondiale à seulement 27 ans. Pour la partie immergée, il faut regarder Dinara Safina qui se transforme pendant 59 minutes en «ramasseuse de balles» selon son propre aveu et termine le match (6-0, 6-3) en larmes. La Russe rate même l'heure de jeu et les minutes ont dû lui paraître interminables. Son frère Marat, qui a fêté son titre lors de l'Open d'Australie 2005 à la vodka, va peut-être lui conseiller une bonne rasade pour oublier !

Quand la cérémonie de remise du trophée dure presque aussi longtemps que le match, on peut mesurer l'étendue du désastre pour la numéro 2 mondiale. Quand on reste sur le chef d'oeuvre de la veille entre Rafael Nadal et Fernando Verdasco, on peut mesurer l'étendue du désastre pour les spectateurs et par ricochet pour le tennis féminin. Mais la rapidité du match ne doit pas édulcorer la performance de Serena Williams quis'est inspirée de cette demi-finale et a construit sa montée en puissance avec sa soeur en double pour travailler son retour. La patronne, c'est elle. Elle le clame haut et fort. Elle le prouve haut et fort. «Je veux gagner et j'ai besoin de gagner, explique la quadruple lauréate de l'épreuve, arrivée bien pomponnée lors de sa conférence de presse. C'est réellement un besoin.» Et c'est bien toute sa différence. Jamais l'Américaine ne recule, elle met une pression constante sur son adversaire et semble toujours lui lancer : «Viens me chercher si tu peux !» Dinara Safina le peut avec son nouveau corps d'athlète et ses derniers résultats. Mais ses muscles ne commandent pas son cerveau.

Dinara Safina trahie par ses nerfs

Pour sa deuxième finale du Grand Chelem après Roland-Garros 2008, elle se laisse autant submerger par l'événement que par son adversaire. Avec trois doubles fautes lors de son premier jeu de service, elle perd son engagement et permet à la cadette des Williams de commencer son récital et de démontrer une nouvelle fois son emprise psychologique sur ses adversaires. «Normalement, mon service est mon arme. Jouer sans cette arme, c'est trop dur contre elle», avoue la Russe, tout en louant la performance de son aînée : «Elle a joué exactement comme elle le souhaitait. Elle s'est montrée très agressive et elle ne m'a pas laissé le temps de m'installer et revenir dans le match.» Après dix-huit minutes, elle mène 5-0 et capitalise déjà douze points gagnants. A la fin du premier set, Dinara Safina n'a inscrit que huit points ! En grande championne, Serena Williams élève toujours son niveau de jeu au fil des matches pour devenir redoutable en finale. La tension la rend électrique.

Plus concentrée et plus mobile, elle étouffe sa rivale et oublie les scories des premiers tours. Dinara Safina subit l'effet inverse. Arrivée en finale sans bien jouer, la Russe sombre sous la pression d'un double enjeu, son premier titre du Grand Chelem et la place de numéro 1 mondiale. «Je ne jouais pas seulement pour un titre du Grand Chelem mais aussi pour la place de numéro 1. C'était la première fois pour moi. Elle possède beaucoup plus d'expérience que moi de ce genre de situation, rappelle la finaliste, qui avoue avoir tremblé. Avant d'entrer sur le court, je me sentais bien. Mais sur le court, les choses ont changé.» Le commentaire de Serena Williams résume bien la différence d'état d'esprit : «J'ai complètement oublié la place de numéro 1 jusqu'à la fin du match oùles gens dans mon boxm'ont fait signe que j'étais n°1. J'ai toujours cru que j'étais la meilleure que je sois n°1 ou n°100. Alors c'est juste un super bonus.» Son break d'entrée au premier jeu du deuxième set ne fait pas illusion. Les larmes commencent à monter au changement de côté à 6-0, 4-1 et ses regards perdus vers son coach trahissent simplement son désarroi. Sur un jeu blanc, le calvaire s'achève sur une joie sobre de Serena Williams. Dans les tribunes, Venus peut prendre une photo de sa soeur avec la coupe. Sur le buffet familial, cela fera un dix-septième cliché avec un trophée du Grand Chelem. Faute de montrer sa qualité, le tennis féminin a trouvé une patronne. Les Français peuvent se réjouir, la patronne sera à Coubertin en février pour l'Open Gaz de France. En fermant les yeux, elle a lancé dans un sourire : «I love Paris»


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