| Jamais Federer n'est pas parvenu à relever la tête dans sa demi-finale. (L'Equipe.) |
Demi-finales - Hommes
C'ÉTAIT CHAUD TIME
Choc à Melbourne : Roger Federer (n°1) a chuté. Le Suisse a été dominé en trois sets par Novak Djokovic (n°3) en 2h28 (7-5, 6-3, 7-6 [5]). En finale dimanche, le Serbe affrontera Jo-Wilfried Tsonga.
Novak Djokovic va finir par énerver. Roger Federer, d'abord, s'il se met à le battre régulièrement comme ça. Le public, ensuite, s'il continue à être aussi arrogant sur le court, bien aidé en cela par toute sa famille qui, dans la loge de bord de court, arbore des jolis maillots siglés « N.O.L.E. » Chacun une lettre pour composer -et crier- « Nole », soit le surnom du n°3 mondial. Ce qui jusqu'ici pouvait passer pour un rituel rafraîchissant a, ce vendredi soir, profondément agacé le public de la Rod Laver Arena. « Je crois que vous n'étiez pas de mon côté, a lancé Novak Djokovic aux spectateurs lors de l'interview d'après-match sur le court. J'avais deux adversaires aujourd'hui, mais tant pis. » Heureusement, sur le plan du tennis, rien à redire. Le Serbe a corrigé le tenant du titre et n°1 mondial Roger Federer (7-5, 6-3, 7-6 [5]) en 2h28, sans qu'aucune autre issue n'ait jamais vraiment semblé possible. Le Suisse ne remportera pas un troisième titre consécutif à Melbourne et le record de Pete Sampras (14 titres du Grand Chelem) devra encore attendre au moins l'US Open.
Les encouragements de maman
L'alerte rouge était lancée dès le début de cette demi-finale, si prometteuse sur le papier. Roger Federer n'y était pas. Non, ce n'était pas lui ce grand type en noir qui se déplaçait si lentement et décentrait plus souvent qu'à son tour ? Ce n'était pas lui non plus qui était contraint d'effacer, déjà, deux balles de break dans le quatrième jeu ? Si, pourtant, c'était bien lui. Même en faisant le break à 3-3, puis en servant pour le set (5-3), le Suisse laissait la première manche lui échapper d'un coup droit dans le filet après 45 minutes (7-5). Et comme il s'agissait là de sa sixième faute directe dans ce secteur, il flottait dans l'air comme un parfum anticipé de défaite.
Pendant ce temps-là, Novak Djokovic, fortement encouragé par sa maman Dijana et la famille au complet, continuait à extrêmement bien servir (78% de points gagnés sur première balle) et à balader Federer de son revers à deux mains, avant de le crucifier d'amorties jouées complètement à l'arrêt. La chance de ceux qui tentent pendant que leur adversaire reste collé à sa ligne. Totalement dominé en fond de court, le fantôme du n°1 mondial concédait le deuxième set encore plus facilement, malgré une légère révolte qui lui permettait de remonter de 5-1 à 5-2, puis 5-3. Mais un 8e ace de « Djoko » lui faisait dire que, décidément, les choses semblaient aussi bien mal engagées pour lui qu'elles ne l'étaient la veille à la même heure pour son dauphin au classement ATP, Rafael Nadal.
Un duel Djoko-Jo
Un Federer énervé (« Challenge, I said », aboyait-il sur l'arbitre de la rencontre) est un Federer qui bombe le torse et part au combat. Les deux hommes tenaient tous deux leur service dans ce troisième set et le moment préféré du Suisse dans un match arrivait, le tie-break. Sauf que cette fois, celui-ci ne tournait pas à son avantage. Il réussissait pourtant le premier le mini-break (3-1) d'un revers décroisé dans l'angle, faisant ainsi espérer aux spectateurs de la Rod Laver Arena qu'on leur avait enfin rendu le « vrai » Roger et que le service après-vente était reparti avec le modèle défectueux. C'était malheureusement pour lui à peu près tout ce que le n°1 mondial réussissait dans ce jeu décisif à fort pouvoir anxiogène. Sans miracle, un dernier coup droit du Suisse dans le filet projetait Novak Djokovic à genoux sur le Plexicushion, après 2h28 de match à sens unique. L'émotion. Les yeux rougis, ce grand fanfaron de « Nole » admettait que « battre le meilleur joueur de tennis de tous les temps, en plus en trois sets, c'est juste... ». Roger Federer ne disputera donc pas sa dixième finale consécutive en Grand Chelem. « C'est dommage, mais ça arrive », a-t-il commenté. On ne saura pas ce qu'un affrontement Federer-Tsonga aurait donné. Dimanche, on saura en revanche à quoi ressemble un Djoko-Jo.