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Jo-Wilfried Tsonga peut serrer le poing, il n'a jamais été mis en danger par le n°2 mondial. (L'Eq.)

Demi-finales - Hommes

LA TÊTE DANS LES NUAGES

Grâce à un niveau de jeu exceptionnel, Jo-Wilfried Tsonga a une nouvelle fois créé la sensation, et écoeuré Rafael Nadal, n°2 mondial, en demi-finales. Alors que l'Espagnol n'avait pas encore concédé le moindre set à Melbourne, le Français l'a emporté en trois manches sèches, se donnant le droit, à 22 ans, de jouer pour le gain d'un premier titre du Grand Chelem, face à Roger Federer ou Novak Djokovic.


L'hommage était à la hauteur de l'exploit. Jim Courier, le champion reconverti en commentateur pour la télévision australienne, en avait presque le souffle coupé au moment d'interviewer sur le court Jo-Wilfried Tsonga. « Ridiculous », c'était ce qu'il n'arrêtait pas de marmonner. « Enorme ». « Jo », lui, semblait juste commencer à réaliser ce qu'il avait accompli depuis presque quinze jours, et qu'il allait parachever, dès dimanche par une première finale en Grand Chelem. Pour cela, en ce jeudi soir à Melbourne, il avait terrassé le monstre Nadal. Terrassé, parfaitement. L'Espagnol n'avait jusqu'ici pas perdu un set. Jusqu'à ce qu'un « modeste » 38e mondial lui en dérobe trois, d'un coup (6-2, 6-3, 6-2) en moins de deux heures (1h56).

Des coups qui n'existent pas

Comment faisait-il pour conserver autant son sang-froid ? Pour oser pilonner le revers de Rafael Nadal ? Pour le faire courir de gauche à droite, de droite à gauche avant de le punir au filet ? Comment faisait-il pour prendre « Rafa » à son propre jeu ? Pour le fatiguer ? « Jo » faisait tout simplement du « Jo ». Il servait gros (17 aces sur l'ensemble du match), il servait varié, il avait une main et une « vista » insolentes. Tant et si bien qu'il parvenait à breaker le n°2 mondial dès son premier jeu de service, puis à tenir derrière (3-0). Et le festival ne s'arrêtait pas là. Comme dans un rêve, le Français concluait le premier set, presque sans avoir l'air de transpirer, en 32 minutes sur un coup droit décalé.

Pour conserver tout son influx, transporté par les 15 000 spectateurs présents dans cette Rod Laver Arena, Jo-Wilfried Tsonga prenait une pause "vestiaire" avant le début de la deuxième manche. Un signe. Il revenait sur le court sa serviette autour du cou. Comme un boxeur prêt à en découdre sur le ring. De fait, il infligeait un K.-O. debout à son adversaire. Pour cela, il inventait même un coup : la volée de revers retournée ! A rendre fou Nadal, qui en perdait sa raquette. En smash aussi, un exercice de style que Tsonga transformait en dunk, et avec lequel il concluait le huitième jeu qui lui offrait de nouveau le break. Derrière, un jeu blanc ponctué de trois aces et conclu par un magistral enchaînement service-volée.

Le regard noir de Rafael Nadal en disait beaucoup sur la sensation qui était alors la sienne : il se prenait un mur. Un mur talentueux. Qui réussissait encore le break (2-1) en faisant déjouer l'Espagnol en coup droit, son arme absolue ! D'un seizième ace, trois jeux plus tard, il montrait qu'il n'avait pas l'intention de lâcher, même s'il n'avait pas l'expérience de grands moments en Grand Chelem. Une nouvelle fois, il dérobait le service du n°2 mondial qui oscillait entre l'énervement et l'impuissance, et tentait de se relancer de timides « Venga ! ». C'était LE moment. Celui de vérité. « Jo » se trouvait dans la peau de celui qui tient dans sa raquette un ticket pour la finale de l'Open d'Australie. 15-0, 30-0, puis 30-15. Etait-il en train de craquer ? Pas du tout. 40-15 d'un service-volée implacable. Puis un ultime ace, pas fort, slicé comme il faut, à 193 km/h. Le 17e. Le plus beau. Les larmes commençaient à l'envahir. « Pffffffff », articulait-il. Avant de lâcher : « J'ai des frissons. » Qu'il se rassure, ce jeudi soir à Melbourne, il n'était pas le seul dans ce cas.


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