| Et de 10 Grands Chelems pour Federer. (Reuters) |
La finale des hommes
FEDERER, PROFESSEUR D'HISTOIRE
Sans perdre un set de la quinzaine, Roger Federer conquiert son dixième titre du Grand Chelem et son troisième en Australie en dominant (7-6 [2],6-4, 6-4) un valeureux Fernando Gonzalez en 2h20'. Si le scénario du match ne présente pas d'originalité, l'histoire de ce joueur de 25 ans entre déjà dans la légende du tennis.
C'est terrible. Roger Federer ne force pas, défie les lois de la gravité en répondant en demi-volée aux fusées de coup droit de Fernando Gonzalez, et gagne (7-6 [2], 6-4, 6-4) sans vraiment bien jouer... Enfin un temps et tout est relatif... Lui le perfectionniste accepte de commettre des erreurs pendant une heure. Pas plus, il ne faut pas exagérer. Lui le perfectionniste sait choisir ses moments. Il écrit l'histoire du tennis et de ses matches. Lui le perfectionniste connaît déjà la fin. En bon scénariste, le Suisse préserve le suspense en offrant littéralement le break à son adversaire à 4-4 au premier set puis arrive le noeud de l'intrigue à 4-5 (40-15). Une volée gagnante et une attaque de coup droit dans le filet du Chilien offrent quelques indices sur la fin de l'histoire. Le numéro un mondial débreake, mène 6-5 et laisse passer quatre balles de première manche sur l'engagement adverse. Dans tout spectacle, il faut un bon monologue où l'artiste peut exprimer l'étendue de son talent. Le tie-break inspire Roger Federer. Un peu de piment d'entrée avec la vidéo qui change la décision du juge de ligne. Puis les effets de style donnent le ton avec cinq points consécutifs pour la tête de série n°1 et pour conclure à 6-2, il choisit un effet de manche avec un mauvais jugement sur un lob récupéré in extremis puis un coup droit gagnant décroisé.
C'est terrible. Au changement de côté, Fernando Gonzalez se fait masser l'épaule et Roger Federer s'hydrate calmement. Le Suisse avance, prend possession du terrain, bouge mieux les jambes et le Chilien recule, subit, force ses frappes, surjoue un peu. Un grand classique. L'acteur principal attend son moment au "fameux" septième jeu pour réaliser sa prestation la plus aboutie avec quatre coups gagnants : une volée, un merveilleux coup droit croisé, un bon retour et une attaque de revers glissée en slice. Il reste à conclure la manche. Une formalité sur un jeu blanc, ponctué par un ace (6-4).
C'est terrible. Bien sûr, on connaît déjà la fin de l'histoire, le scénario se répète avec un break au septième jeu, mais Roger Federer est un type bien et respectueux du public. Alors le numéro un mondial réserve quelques traits de génie. Il choisit toujours le septième jeu. Le plus long échange de la partie avec 24 frappes fait exploser le coup droit du Chilien. Puis un petit chef d'oeuvre avec un revers slicé suivi par une volée haute de revers et une volée croisée gagnante de coup droit se situe à 30-A. Les deux joueurs sont épuisés, surtout Fernando Gonzalez qui finit par perdre son engagement. Malgré tout son courage et une prestation très solide, le Chilien cède et ne peut qu'assister - et c'est déjà un honneur - à la démonstration. Le numéro un mondial termine sur un nouveau jeu blanc et un revers magique décroisé. Le génie peut enfin se laisser aller, il s'écroule sur le court, va saluer son adversaire et peut savourer sur sa chaise une quinzaine sans perdre un set, son 10e titre du Grand Chelem, sa route si dégagée vers le record de Pete Sampras (14). Il se lève et va "papoter" avec Fernando Gonzalez en attendant la remise des prix. En plus, c'est un type bien.