| Victoire renversante de Serena Williams. (L'Equipe) |
La finale des femmes
SERENA L'INDOMPTABLE
Pour décrocher son huitième titre du Grand Chelem, Serena Williams a fait taire toutes les critiques. En pratiquant un tennis de rêve, l'Américaine a infligé une véritable correction (6-1, 6-2) à Maria Sharapova en à peine une heure de jeu. Comme au bon vieux temps.
Elle tombe à la renverse, éclate de rire comme une enfant, bondit comme une junior remportant sa première coupe, se prend la tête entre les mains, serre très fort son troisième trophée à Melbourne et dédie en pleurant sa victoire à Yetunde, décédée. Serena Williams vient de décrocher son huitième titre du Grand Chelem et rejoint ainsi Suzanne Lenglen dans l'histoire. Son bonheur révèle le secret de sa résurrection : l'envie et la soif de revanche. Depuis deux ans, la championne était en sommeil. Et les moqueries n'ont fait qu'attiser le feu... En quinze jours, l'Américaine a secoué sa torpeur et en finale, le réveil a été brutal pour la jeune "impudente", Maria Sharapova, qui a pris sa place à la tête de la WTA et au sommet du show-off. Quand la 81e mondiale écrase (6-1, 6-2) la future numéro un mondiale, on pourrait s'étonner. Pas avec Serena Williams. Quand la cadette des Williams se présente avec une certaine surcharge pondérale, on pourrait s'étonner. Pas avec Serena Williams.
Une championne de sa dimension défie les lois du jeu et cela depuis ses débuts. Serena Williams est différente. Un pléonasme pour une championne, bien sûr. Mais un mode de vie et une source d'inspiration pour l'Américaine. Elle a toujours cultivé sa différence et en finale, elle a démontré toute sa différence en mettant en lumière toutes les limites du tennis de Maria Sharapova. Personne n'avait encore battu la Russe dans une finale de Grand Chelem et personne n'avait autant relégué la tête de série n°1 au simple rôle de spectatrice. Dominée en puissance, Maria Sharapova a subi ce qu'elle inflige régulièrement à ses adversaires : une cadence infernale, une pression constante sur ses deuxièmes balles de service, des aces et une volonté adverse inoxydable.
Sous le toit de la Rod Laver Arena, la Russe a vécu un calvaire, mais Serena Williams a bien fait les choses comme au bon vieux temps. En une heure, elle a montré qui était la patronne. En une minute, elle a donné le ton en gagnant son premier jeu de service sur un ace à 197 km/h. Son visage est détendu, son regard est fixe, sa concentration intense, rien ne peut la dévier de sa trajectoire. En un quart d'heure, elle a réalisé le double break pour mener 4-0, faire douter Maria Sharapova sur son engagement en retournant des fusées. En moins d'une demi-heure, elle a répondu au "Come on" retentissant de son adversaire à 5-1 et à celui en écho de papa Youri par un "Come on" déterminé pour engranger la première manche. En quarante-cinq minutes, elle mène un set et 4-0 en jouant à la perfection (27 coups gagnants pour 11 fautes directes, 7 aces, 69% de premiers services au total). Reste la conclusion. Serena Williams avait prévenu, elle aime les belles histoires et Harry Potter la fait vibrer voire pleurer. Alors c'est pas sorcier. Deux aces, dont un à 195km/h, lui offrent trois balles de match et un revers gagnant fait taire les critiques. Serena Williams avait prévenu, elle n'est pas une intellectuelle mais elle sait bien lire le jeu adverse et possède une capacité d'adaptation hors du commun. N'est-ce pas la définition de l'intelligence ? Les critiques sont prévenus, il ne faut pas se moquer des championnes...