Judo - Les souvenirs olympiques de... FREDERIQUE JOSSINET«LES JO, C'EST UNE HISTOIRE»Première médaillée tricolore des Jeux Olympiques d'Athènes en 2004, la judoka Frédérique Jossinet participe à Pékin à ses deuxièmes JO, en moins de 48 kg. A 32 ans, la double championne d'Europe (2001, 2002) se souvient avec émotion de son expérience grecque, et voit en Chine la dernière occasion de se parer d'or olympique. «Quelque chose d'unique»«Pour ma première participation, à Athènes en 2004, je ne me suis pas arrêtée sur une idée du genre "je vais aux Jeux Olympiques, c'est la fête du sport, le sport est universel, etc". Mais je me suis vraiment dit "les Jeux, je veux les gagner, ça fait partie de mes plans sportifs". Et c'est une fois ma compétition finie, après ma médaille d'argent, que j'ai compris ce qu'étaient les JO. D'abord, j'ai été emportée par une espèce de tourbillon médiatique. J'étais, en prime, celle qui avait décroché la première médaille tricolore. Alors entre les médias, le journal de TF1, le Club France, le village olympique. je me suis dit "Wouah, le truc de fou !". Au fur et à mesure que les jours passaient, et que j'allais voir d'autres épreuves, d'autres sports, les autres médaillés, je réalisais l'ampleur de l'événement. Rien que d'en parler, ça me donne des frissons. Les Jeux Olympiques, c'est unique, il n'y a rien de plus beau. J'ai vu des choses magnifiques, et vécu de grandes émotions. De la joie, de la tristesse, de la douleur... Des émotions décuplées lorsqu'on les vit de l'intérieur. Les JO, c'est plus qu'une épreuve sportive, c'est une histoire.» A VOIR AUSSI«Ce qui m'a frappée, c'est la multitude de couleurs»«Sur place, nous n'étions pas vraiment au village, mais dans des petites maisons à proximité. Ce qui m'a marquée en arrivant, c'est le GIGN (groupe d'intervention de la gendarmerie nationale), présent dans nos habitations. Je me disais "tiens, c'est bizarre, des mecs dans nos maisons comme ça, qui dorment dehors". Mais ça me faisait beaucoup plus rire qu'autre chose. Ce qui m'a frappée également, c'est la multitude de couleurs. Il y en avait partout. De tous les pays, de tous les athlètes. Toutes ces choses colorées incarnent la beauté des JO.» «Je n'ai aucun regret. Elle était bien plus forte que moi»«Je rentre vite dans la compétition, je vais jusqu'en finale, et je perds. Il y a deux sentiments... Le premier, c'est une grosse déception. Car les Jeux ne se déroulent que tous les quatre ans. Mais je n'ai aucun regret. Elle était bien plus forte que moi. Puis tout s'est enchaîné : le podium, la salle de presse, les médias. Je n'ai pas eu vraiment le temps d'aller voir ma famille, alors que je n'avais envie que de ça. En obtenant la première médaille, il y avait des trucs sympas à vivre. Je me rappelle de Marie-Jo Pérec, de Colette Besson au Club France, des cyclistes, et de beaucoup d'autres athlètes et de personnalités... Et de ma famille aussi. C'était la condition sine qua non pour que j'aille au Club, que le CNOSF trouve une wagonnette et y emmène ma famille. Obligée de faire du chantage (rires) ! C'était vraiment super. Rien que pour tout ça, ça vaut le coup que ça recommence.» « Cécile Nowak m'a permis d'éviter tous les pièges »«Je comprends parfaitement qu'il y ait des athlètes qui passent à côté de leur compétition. Si vous n'êtes pas préparé, vous pouvez avoir tendance à vivre l'événement trop comme une fête, à halluciner de vous retrouver au milieu de tous les sportifs, et finalement, à perdre de vue votre objectif. J'ai eu l'avantage de travailler sur les JO avec Cécile Nowak, championne olympique à Barcelone. En fait, c'est elle qui m'a permis d'éviter tous les pièges, dans lesquels j'aurais pu tomber. Parce qu'elle m'a mise en garde, longtemps, très longtemps avant. Ce qui est bien aussi, avec le judo, c'est que nous sommes au régime (rires). Donc, par exemple, tous les restaurants qu'il y a dans le village olympique, nous ne les regardons même pas... ou en tous les cas pas avant la compétition ! Après oui. Par exemple, un jour, je suis allée dans un fast-food, où j'ai vu Frankie Fredericks (ndlr, champion du monde 200 m en 1995, quadruple médaillé d'argent olympique sur 100 m et 200 m en 1992 et 1996), et je me suis dit "Non, c'est pas possible !". Il savait que j'étais la première médaille française, et il est venu parler... C'est ça aussi les JO, c'est être tous égaux.» «Des émotions qui n'ont rien à voir avec le judo»Après notre propre compétition, nous restons sur le site jusqu'à la fin de la quinzaine. La première semaine, je suis allée supporter le reste de l'équipe de France de judo, et après, je suis allée voir d'autres sports, notamment les handballeuses. J'étais complètement à l'extérieur et en même temps, j'ai vécu leurs victoires, leurs échecs, leurs désillusions, notamment contre la Corée, où elles ratent la qualification en finale d'un but. Ce sont des émotions que j'ai vécues et qui n'ont rien à voir avec le judo. Je me disais "comment elles font pour rester 15 jours dans le truc, c'est hyper long". Et la boxe ? Ca dure sept jours d'affilée. Sept jours où il faut rester au poids, c'est un truc de fou ! Nous, nous avons au moins la chance de disputer notre compétition sur une journée.» «A Pékin pour gagner»«Cette année, je vais à Pékin pour gagner. Y'en a marre maintenant ! (rires) Si j'arrête ma carrière après les JO ? C'est un grand point d'interrogation, car je joue sur plusieurs tableaux. D'abord, j'ai intégré un Master "Sport, Marketing et Stratégie d'entreprise" à l'ESSEC (Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales) cette année. Je m'éclate, et j'ai vraiment trouvé ma voie. Ensuite, j'ai également été élue à la mairie de Paris en mars dernier, donc je devrais avoir des missions à mener. Enfin, question sport, je me dis que si j'ai autant d'envie qu'en ce moment, et que l'année prochaine un circuit pro se met en place avec des Masters, je pourrais continuer... un an, mais pas deux ! J'ai prévenu tout le monde : en 2009, j'arrête ! (rires).» |
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