
| A 25 ans, Gévrise Emane est devenue championne du monde en septembre dernier. (L'Equipe) |
Judo - D'Athènes à Pékin avec GÉVRISE ÉMANE
«NE PAS SE LAISSER BOUFFER PAR L'ÉVÉNEMENT»
Sparring-partner aux JO d'Athènes, Gévrise Emane a gagné sa titularisation pour Pékin chez les - 70 kg en devenant championne du monde à Rio de Janeiro (2007). La judoka française, grand espoir de médaille en Chine, revient sur son expérience grecque et envisage son aventure chinoise avec prudence, partage et simplicité.
« Gévrise Emane, sparring-partner à Athènes en 2004, vous allez cette fois disputer vos premiers JO en tant que titulaire à Pékin. Qu'en attendez-vous ?
J'aimerais forcément faire une très belle compétition. Remporter une médaille, et si possible l'or. Maintenant. ce sont les Jeux Olympiques ! Et il ne faudrait pas que je me laisse bouffer par l'événement. Il s'agit d'un truc énorme !
Bouffer par l'événement, c'est à dire...
Etre envoûtée par tout ce qu'il y a autour des Jeux Olympiques, ne pas être concentrée sur mon objectif. C'est sur ce point là que j'aurais tendance à être inquiète, et là où réside le danger. Cela fait un petit moment que je parle de cette appréhension avec les filles de l'équipe de France, ou encore avec Jean-Philippe Gatien, mon ''mentor'' dans le Team Visa que j'ai intégré. Lors des Championnats du monde en 2005, j'avais déjà ressenti le poids d'un tel événement. Lors des Mondiaux de Rio en 2007, j'avais réussi à appréhender la chose comme j'ai pu (ndlr : Modeste, Gévrise Emane a tout de même été sacrée championne du monde pour la première fois !). Et lorsque j'ai su que je partais pour les JO, je me suis dit pendant trente secondes « Oulala, Pékin ! Mais que se passe t-il ? ». J'ai un tout petit peu paniqué (rires). C'est donc pour cette raison que je parle avec différents athlètes, que je leur demande comment eux ont vécu la quinzaine, ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire, qu'ils m'aiguillent sur les pièges à éviter. Je ne sais pas s'il y a une vérité quelque part, mais j'essaie de puiser dans chacun, pour me permettre de vivre au mieux l'événement.
Quels bénéfices avez-vous tiré des JO d'Athènes ?
Même si je n'ai pas combattu, cette expérience de sparring-partner m'a beaucoup appris, et me servira à Pékin. Maintenant, je sais tout de même de quoi il retourne. Je me rappelle de la réaction que j'avais eue en arrivant en Grèce. Je m'étais dit « Whaou, trop cool, énormissime » ! Par exemple, je voyais toutes ces stars qu'habituellement je regardais devant ma télévision, c'était hallucinant ! Même s'il s'agit d'êtres humains comme nous, j'étais restée bouche bée devant Ivan Pedroso, multiple champion du monde, et champion olympique de saut en longueur ! Ca peut déstabiliser. Maintenant, je le sais. Encore une fois, il faudra que je fasse attention à ne pas me disperser, et à rester focalisée sur mon objectif.
Est-ce cela l'esprit olympique ? De croiser tous ces athlètes dans un même lieu, et finalement, d'être sur un pied d'égalité ?
Ce qui me vient lorsqu'on me parle des Jeux Olympiques, c'est plus la volonté des athlètes d'aller jusqu'au bout d'eux-mêmes, de se dépasser. C'est ça qui me faisait halluciner lorsque je regardais les JO devant ma télévision. Il y a quatre ans, à Athènes, j'ai vu des combats de judo de dingue, où à sept secondes de la fin, un mec était en train de perdre. Et une seconde avant le terme du combat, le même mec réussit à mettre une boîte à son adversaire, et il gagne ! C'est ça le truc, c'est ça qui est énorme !
Y'a t-il un sportif en particulier qui vous a donné envie de faire ce sport ?
Non. Je suis arrivée dans le judo comme un cheveu sur la soupe. J'ai commencé à 13 ans. C'est mon professeur d'EPS, Monsieur Jacky Bicheux, également professeur de judo, qui m'a entraînée dans le tourbillon. Il y avait une session judo à l'école, et j'en ai fait avec tous mes potes. J'y suis restée parce que ça m'a plu. Tout simplement...»