Athlétisme - Le portrait de SALIM SDIRISDIRI ENCORE PLUS BONDISSANTA Pékin, Salim Sdiri va participer à ses deuxièmes Jeux Olympiques. Il espère profiter de l'événement pour se faire un nom sur la piste. Et plus en dehors. Demandez aux gens qui est Salim Sdiri, consultez un moteur de recherches sur Internet et vous verrez que la réponse sera souvent associée à l'accident survenu au meeting de Rome l'été dernier. Lors du concours du lancer du javelot, le Finlandais Terö Pitkämäki avait envoyé son engin dans le dos de l'athlète français qui disputait au même moment son propre concours au saut en longueur. La suite, ça a été deux séjours à l'hôpital en Italie - le premier n'ayant pas permis de déceler la gravité de la blessure - et une année 2007 terminée, alors qu'elle avait bien commencé avec une médaille de bronze aux Championnats d'Europe en salle. Et donc une notoriété gagnée sur un coup du sort. «Pour l'instant, oui, c'est ça, constate du reste Salim Sdiri. Quand les gens me croisent, par exemple dans un aéroport, ils disent : «c'est le gars qui s'est pris un javelot». Mais, c'est à moi, de faire en sorte que ça se passe autrement.» La dernière phrase est prononcée avec un sourire sincère sur la piste de Montargis baignée par un fort soleil matinal. Dans sa tête, Salim Sdiri a tourné la page. Et prévient qu'il ne veut plus parler de «ça». Mais on apprend quand même qu'il a reçu de nombreuses lettres de soutien de la part d'anonymes, que la souffrance morale a été dure elle aussi - «J'ai un tempérament à bouger tout le temps. J'aime faire beaucoup de sport, sentir la piste, rentrer chez moi en étant fatigué. Tout avait donc changé» - et que ses avocats discutent toujours avec les fédérations internationale et italienne au sujet des indemnités. A VOIR AUSSIA deux doigts d'arrêter la compétitionMais Salim Sdiri, ce n'est pas que «ça», ce n'est plus «ça». C'est un des premiers athlètes français à avoir atteint les minima pour les prochains Jeux Olympiques à Pékin. Le 13 juin dernier, le sauteur de Montargis a effectué un bond à 8,21 mètres lors de la réunion de Pierre-Bénite, soit un centimètre de mieux que la marque imposée. «Génial ! Mortel ! a clamé l'intéressé. Cela ne pouvait pas mieux démarrer dans la construction d'une saison olympique. J'ai mis trois jours à m'en remettre, je courais dans tous les sens. J'étais fou. J'ai moins de pression maintenant.» Génial et mortel aussi quand on sait que Salim Sdiri n'est pas passé loin de raccrocher les pointes. Et pas uniquement à cause de «ça». «J'en avais marre, je n'avais plus envie, détaille-t-il. En athlétisme, on se défonce pour pas grand chose. Moi, je galère pour m'entraîner. Je n'ai pas beaucoup de moyens. La ville de Montargis m'aide et je remercie les personnes mais il n'y a pas une grosse structure autour de moi.» Le quotidien de Sdiri est constitué de séances d'entraînement en solitaire (cliquez ci-dessus sur notre dossier concernant son entraînement), mais c'est aussi un choix de vie pour celui qui a grandi à Montargis. «Je ne vois pas l'intérêt d'aller à Paris. Là-bas, il n'y a pas la même qualité de vie», se justifie-t-il tout simplement. Ce sont finalement d'autres sportifs français qui sont parvenus à raisonner le sauteur en longueur, lors d'un séjour au Maroc organisé par un équipementier. «Ils ont cru en moi, m'ont dit : «Il faut que tu ailles aux Jeux», raconte-t-il. Et, moi, ça me faisait de la peine de me dire : «Je ne serai plus dans cette famille». J'avais les capacités de faire quelque chose. Donc j'ai décidé de continuer.» De poursuivre une aventure débutée par hasard. Il préfère le triple sautJeune sportif qui touchait à tout, Salim Sdiri a suivi les conseils d'un de ses profs d'EPS. En fait, ça a d'abord été le triple saut et une qualification pour les Championnats UNSS dès les premiers bonds. «J'ai toujours préféré ça à la longueur, explique-t-il. On rebondit, il y a une sensation plus longue donc un plaisir plus long. A la longueur, il y a juste une impulsion et le sable.» Mais Sdiri se blesse à un disque vertébral en triplant son bonheur et se lance dans la longueur « en attendant ». Quand les premiers résultats arrivent, il ne renie pas ce second choix. Sa longue silhouette a atterri dans les bacs à sable des plus grandes compétitions internationales. Le souvenir le plus fort reste la cinquième place décrochée aux Mondiaux d'Helsinki en 2005 au terme d'un concours où «il y avait du monde et de la bagarre. A mon premier essai en qualification, je suis en finale. Et, là, je fais 8,20m d'entrée». Plus fort que le bronze ramené des Europe en salle l'an dernier ? «Oui, car à Birmingham je ne saute que 8m. Mais il était temps quand même de décrocher un podium. J'étais toujours bien en meeting international mais, en grand Championnat, je passais à côté. Est-ce dans ma tête que ça ne fonctionnait pas ? Peut-être, je ne sais pas. Il y a tellement de choses que tu veux bien faire que tu en oublies d'autres.» Dans quelques jours, ce sera Pékin, les deuxièmes Jeux de Salim Sdiri. Lui qui fut aux portes de la finale il y a quatre ans - «Mais je n'ai pas été déçu. J'ai vu plein de sportifs se planter aux qualifications. Je me suis fait plaisir et j'ai été tellement content de voir le monde entier» - veut désormais figurer dans le grand huit de sa spécialité et «tout lâcher. Si je peux sauter à mon meilleur niveau, je pense que je peux être proche du podium. Mais il ne faut pas que je parte avec cet état d'esprit Ce sera étape par étape. Ensuite on verra». |
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