
| « Ce qui a été agréable, c'est que j'ai gagné avec une carabine que j'ai moi-même élaboré. » (L'Eq.) |
Tir - Que sont-ils devenus ? JEAN-PIERRE AMAT
« DIX SECONDES, RIEN QUE POUR MOI »
Jean-Pierre Amat nous plonge en plein coeur de sa victoire à Atlanta il y a maintenant douze ans.
Et votre concours débute moyennement.
Exact. Au tir couché, je n'obtiens pas un résultat extraordinaire. Au tir debout, ça ne commence pas très bien non plus. Donc je décide de changer ma façon de faire techniquement parlant. Et mes trois dernières séries sont vraiment très bonnes. Je termine en n'étant pas loin de la première place. Ensuite au tir à genou, je débute mal là encore mais je me rétablis et suis alors premier ex-aequo avec le Kazakh Sergei Belyayev. Ensuite c'est la finale.
« J'aurai bien aimé changer de tête »
...
Sauf surprise, le titre va se jouer entre lui et moi. Je commence par tirer une mauvaise balle. Mais ensuite ça se passe mieux. En dépit de ma bourde, je sais au moment de tirer pour la dernière fois que j'ai 1,6 point d'avance sur mon adversaire. Je me suis alors dit : «Tu t'es entraîné toute ta vie pour cette balle.» Si j'obtiens un 10,0, la médaille d'or est pour moi, quel que soit le score de Belyayev. Donc le problème est simple. J'essaye de m'appliquer au maximum, il y a alors beaucoup d'émotion en moi mais je suis relativement confiant. Et je fais 10,0.
Et que se passe-t-il aussitôt après ?
Ça a été un immense moment de bonheur. Pendant dix secondes, ça n'a été que pour moi. J'ai enlevé ma casquette et je l'ai claqué sur la tablette de tir. Puis tout le monde est arrivé et ça a été le service après-vente (sic).
C'est-à-dire ?
De mon point de vue, ça a été moins drôle. Je suis quelqu'un de renfermé, de timide. Pendant quelque temps, ça a été dur d'aller acheter le pain ou le journal. J'aurai bien aimé changer de tête. Mais ça fait partie du jeu. Sinon il y a aussi eu le réveil le lendemain qui a été agréable. Tu mets tous les derniers événements bout à bout et puis tu vois la médaille sur la table de nuit. Ce n'était donc pas un rêve. (Rires) Ce qui a été agréable aussi, c'est que j'ai gagné avec une carabine que j'avais moi-même élaboré.
« Je prends tes mesures pour ta tenue olympique »
A Atlanta, vous avez aussi rapporté une médaille de bronze.
Au tir à 10 mètres. Mais, là, ça a surtout été un soulagement. Quatre ans auparavant, j'avais terminé quatrième dans cette discipline et je m'en étais beaucoup voulu. Il m'a fallu un an et demi pour digérer cette déception. Ce jour-là, il n'y a pas eu une énorme performance mais ça m'a enlevé un poids. Ça a été plus facile d'aborder la deuxième épreuve.
Vous avez participé cinq fois aux Jeux, de 1984 à 2000. Si on enlève le titre d'Atlanta, où sont vos souvenirs les plus forts ?
A Los Angeles sans hésiter. Il s'agissait de mes premiers Jeux. Il y a eu la cérémonie d'ouverture au Coliseum, ça a été fort au niveau émotionnel. Je me rappelle aussi du jour où je me suis qualifié. C'était à Munich. Je suis avec mes copains et voilà que le DTN arrive. Il me demande de rester debout et de ne pas bouger. Je me dis : «Il aurait pu au moins me féliciter». Au lieu de cela, il met la main dans une de mes poches. Je lui demande ce qu'il est en train de fabriquer. «Je prends tes mesures pour ta tenue olympique», me répond-t-il. La cérémonie de clôture à Sydney a été forte elle aussi. Ça a bouclé la boucle.
Quand avez-vous arrêté de tirer ?
En 2002. Cela faisait vingt ans que j'étais au plus haut niveau. Cela devenait dur de jongler avec la vie de famille, la vie professionnelle et ma carrière de tireur. Mais ça n'a pas été un sacrifice. Je n'avais plus la motivation pour m'entraîner. Mais je tire encore un peu pour m'amuser.»