
| « Ma motivation, ça a toujours été de comprendre le tir avec les autres ou en tant qu'athlète. » (L'Eq.) |
Tir - Que sont-ils devenus ? JEAN-PIERRE AMAT
« DIX SECONDES, RIEN QUE POUR MOI »
Jusqu'aux Jeux de Pékin, notre site revient vers d'anciens champions olympiques français. Ceux-ci s'expriment sur leurs carrières, leurs victoires, leurs émotions et leurs reconversions. Pour le huitième volet, retrouvez Jean-Pierre Amat (45 ans) champion olympique de tir à la carabine à Atlanta en 1996.
« Jean-Pierre Amat, que devenez-vous ?
Je me contente de faire ce que je faisais avant de pratiquer le tir au plus haut niveau. Je suis entraîneur. Cela fait onze ans maintenant que je collabore avec l'équipe de France de biathlon. Je m'occupe du tir évidemment. J'ai moins de compétence en ce qui concerne le ski (Rires). Les cinq premières années, je les ai passées en Coupe du monde. Puis j'ai demandé à m'occuper des juniors sur le circuit européen.
«Je ne sais pas pourquoi j'aime le tir ! »
Vous étiez entraîneur avant d'être athlète ? Expliquez-nous cela...
En fait, j'ai toujours eu la volonté d'entraîner. Quand le professorat de sport a vu le jour au milieu de l'année 1985, je me suis dit que c'était exactement ce qu'il me fallait. J'ai ensuite collaboré avec la Fédération française de tir. J'avais des missions à accomplir mais j'avais aussi du temps imparti pour tirer. Cela a été la même chose quand j'ai rejoint le biathlon. J'ai toujours adoré le tir et j'ai eu la chance d'être devant et derrière la lunette en même temps.
D'où vous est venue cette passion du tir ?
Je n'en sais rien ! (Rires) Ça doit être génétique. Depuis tout petit, j'ai aimé tirer, que ce soit avec une carabine ou un arc, viser une cible en face de moi. Pourtant je n'ai pas eu ensuite la passion de la chasse ou celle des armes à feu. Ma motivation, ça a toujours été de comprendre le tir avec les autres ou en tant qu'athlète. Il n'y a toujours eu qu'une seule et même recherche, alimentée par deux modèles d'appréhension.
En France, le tir est méconnu et a une image péjorative.
Oui, il y a une assimilation entre le tir et les armes. Pourtant, aux Jeux, au-delà de la recherche technique, il y a surtout le jeu mental qui prime et, là, cela n'a plus rien à voir avec les armes et leur aspect négatif. Mais le tir est uniquement associé à ça et c'est dommage, même s'il y a beaucoup de faits divers qui alimentent ce point de vue. Moi, mes carabines, je ne les ai jamais considérées comme des armes mais comme des outils de travail.
« La journée commence mal »
Retrouve-t-on ce même avis au sein de la Fédération ?
Pas à l'époque où j'y étais ! C'est même pour ça que j'en suis parti ! Les personnes qui étaient là-bas à l'époque étaient plus des défenseurs de la détention d'armes, un peu comme Charlton Heston et la National Rifle Association aux Etats-Unis. Alors que, moi, je ne voyais que l'aspect sportif.
Revenons à votre carrière et au titre décroché en 1996 dans l'épreuve de carabine 3x40 (NDLR : trois positions avec quarante coups pour chacune d'elle). Racontez-nous cette journée.
Elle a commencé tôt et mal. Je me suis levé à six heures du matin et c'était le jour où il y a eu l'attentat (NDLR : le 27 juillet, une bombe a explosé au Centennial Olympic Park faisant un mort et 110 blessés. L'auteur de l'attentat n'a jamais été retrouvé). Je me rappelle qu'on avait essayé avec mon entourage de trouver une radio qui donnait le maximum d'informations. C'était triste. Ensuite, il y a eu le départ pour le site. Je me souviens que je n'avais rien pu avaler au petit déjeuner. Comme d'habitude.