
| Championne olympique, Cathy Fleury est de l'autre côté de la barrière comme entraîneur. (L'Equipe) |
Judo - Athlète devenant entraîneur : CATHY FLEURY
«ENTRAÎNEUR, UN MÉLANGE D'ACQUIS ET D'INNÉ»
Comme athlète, Cathy Fleury a tout gagné. Comme entraîneur de l'équipe de France féminine, elle va disputer ses premiers JO. Entre son expérience de championne olympique et sa sensibilité de coach, elle transmet sa passion en toute humilité.
Elle a tout reçu. Toutes les médailles européenne, mondiale et olympique à Barcelone en moins de 61 kg. Elle a tout donné. Combattante forcément et rigoureuse obligatoirement. Elle a tout appris. Pourtant elle n'a pas tout connu en judo. Cathy Fleury a donc changé de côté pour vivre les émotions au bord du tatami, pour connaître les joies du partage d'expériences et de la joie de transmettre son savoir. Dans l'ombre des judokas de l'équipe de France féminine, elle distille ses conseils et va vivre à Pékin ses premiers Jeux Olympiques comme entraîneur national. «Je vis cette aventure à ma place d'entraîneur, je ne m'imagine pas une seconde que je vais aller faire les Jeux», avoue t-elle tout en soulignant son «enthousiasme d'aller aux Jeux».
Comme dans son sport, elle a dû se battre pour obtenir ce poste dans l'élite en 2005. Contre des adversaires plus fuyants, les préjugés voire une certaine mysogynie à la Direction nationale de l'époque. Après sa retraite sportive fin 1996 qu'elle définit comme «un deuil à faire», elle connaît deux ans d'arrêt avant d'être orientée vers un pôle France. Son palmarès l'a-t-elle aidée à asseoir sa crédibilité ? «Dans un premier temps, on est plus crédible. J'ai pu l'observer facilement car j'ai commencé sur un pole avec des adolescents, se souvient Cathy Fleury. Il y a de l'admiration, ils attendent beaucoup, peut-être trop d'ailleurs car on n'est pas plus miraculeux que les autres. Ce sont les athlètes qui font, pas nous. Mais c'est plus facile de se faire écouter, respecter et entendre.» Pour l'élite, son humilité l'invite à répondre «je ne sais pas» concernant son surplus de crédibilité. Plus de dix ans après sa fin de carrière, elle a eu le temps d'assimiler son statut et d'ajuster son autre costume. Aujourd'hui, elle définit son rôle comme un mélange d'acquis et d'inné : «C'est un mélange d'acquis en tant qu'athlète, de ce qu'on a reçu des autres, et d'inné avec sa propre personnalité. Tout cela est façonné puis fait l'entraîneur qu'on est. Il y a aussi une bonne dose de curiosité, d'observation et de tentative d'analyse.»
«Il faut sectoriser»
L'acquis de son expérience victorieuse à Barcelone lui permet d'anticiper, de comprendre ses élèves et leurs émotions avant les Jeux pour mieux les conseiller. «Il faut sectoriser. Les JO seront ni plus ni moins en tant que compétition que ce qu'elles ont vécu au tournoi de Paris par exemple. Cela reste une compétition de judo. C'est l'environnement et le bouillonnement autour qui pourraient faire ressentir autre chose, prévient le coach de Gévrise Emane ou Frédérique Jossinet notamment. Tout le monde dit qu'il ne faut pas se louper, c'est tous les quatre ans, mais si on revient sur une base plus sereine et qu'on essaie de prendre un peu plus de recul, est-ce qu'elles ont envie de se louper quand elles se présentent aux Championnats d'Europe ou du monde ? Non. Aucune combattante n'a envie de perdre quand elle se présente sur un tapis. Il y a du stress, de la concentration. Il faut se remettre dans les mêmes conditions que ce qu'elles ont vécues.»
Et l'inné de sa personnalité l'invite à prendre en compte de façon très fine l'aspect psychologique. L'importance des mots justes et les questions qui s'amoncellent avant un grand rendez-vous, elle connaît par coeur : «Il ne faut pas qu'elles hésitent à parler, à poser même des questions bêtes ou à verbaliser une appréhension. Il faut être à l'écoute et pouvoir échanger avec elles.» Elle sait qu'elle doit adapter son discours et ses réactions à chaque athlète, à chaque personnalité et à chaque moment. Trouver le mot juste et le moment clé pour faire passer son message ne s'improvise pas. «Parfois, je réfléchis avant certaines interventions. Je dégage les mots clés. Ce n'est pas toujours facile, je peux me perdre un peu dans mes phrases. Ce n'est pas toujours facile de retranscrire ce qu'on ressent ou ce qu'on voudrait faire ressentir à un athlète. On cherche, on tatonne, on voit aussi souvent au fil de la conversation et des réactions de l'athlète, avoue Cathy Fleury. Il faut être opportuniste, un peu comme au judo. Je ne tombe pas forcément juste à chaque fois. Mais je reste persuadée qu'il faut toujours échanger. Echanger, c'est beaucoup mieux que se taire.» Et de cet échange peuvent naître une réponse qui fuse comme une évidence ou une angoisse qui s'évapore comme du sucre dans l'eau. Le judoka sans son entraîneur, c'est un peu Lagarde sans Michard. Jamais l'un sans l'autre. Pourtant la recherche de la responsabilisation et de l'autonomie de l'athlète demeure comme la dernière marque de confiance de ce duo. Un premier but sur le chemin de la médaille.