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« Dès le coup de sifflet, je suis bien. Je sens le terrain et aussi l'adversaire. » (L'Equipe)

Dans la tête de...NIKOLA KARABATIC

« UNE SEULE ENVIE : M'ÉCLATER SUR LE TERRAIN »

Que se passe-t-il dans sa tête ? Avant, pendant et après une rencontre de handball, Nikola Karabatic, le demi-centre de Kiel et de l'équipe de France, nous fait vivre son cheminenent.


La veille : « Content d'être là »

« La veille, je ne suis pas encore dans le match. Un jour avant, c'est trop tôt. Certes on se rapproche et la pression commence un petit peu à monter. Mais, à l'hôtel, j'essaye de me relaxer, de ne pas y penser. C'est inutile de faire monter la pression. Je fais en sorte de profiter du voyage et d'être content d'être là. »

La nuit : « Repousser les images »

« En général, c'est quand même assez dur de bien dormir surtout avant un gros match comme une demi-finale de Championnat du monde ou une finale de Ligue des champions. Je me mets au lit en regardant un film sur mon ordinateur portable. Je ne dors en général pas beaucoup. Mes yeux se ferment vers minuit, une heure. Ce n'est jamais une grosse nuit de sommeil. Ça tourne un peu dans la tête mais j'essaye de ne pas y penser, de repousser les images. Mais, là, ça dépend des matches à venir, ça peut très bien marcher comme ça peut être l'inverse. »

La matinée : « Concentré sur l'entraînement »

« Le lendemain, on prend le petit déjeuner en commun et souvent il y a un entraînement qui suit. A ce moment-là, je ne suis pas encore dans le match. La journée est coupée en deux avec cet entraînement matinal. Je me concentre dessus et me prépare pour ça. En revanche, après la douche et le retour à l'hôtel, là, la tension monte. Je m'imprègne un peu plus et j'essaye de voir comment ça va se passer. Je n'aime pas trop me renfermer trop vite sur moi-même. Je préfère rigoler, délirer et aussi faire un peu autre chose pour oublier qu'il va y avoir un match dans l'après-midi. Dans l'équipe, chacun a son fonctionnement. C'est propre à un sport collectif. Il y a beaucoup d'individualités, mais ce n'est pas un problème. Je comprends que d'autres aient envie de rester silencieux. »

Les dernières heures : « Pas le meilleur client »

« Je n'aime pas les deux heures qui précèdent le match. J'y pense et, si je pouvais, j'aimerais commencer directement à jouer sans avoir à m'échauffer. Ces deux heures-là, ce sont des moments longs et stressants. Quand on fait le trajet en bus, je suis silencieux, j'aime bien me replier sur moi à penser à mon match et à l'adversaire. Avant une rencontre, je n'aime jamais écouter de la musique, je regarde le paysage, j'essaye de me concentrer. On a quand même le droit de venir me parler, mais si quelqu'un vient pour faire des blagues ou pour rire, je ne serai pas le meilleur client. »

L'échauffement : « Lassant »

« L'échauffement, ça va, c'est assez rapide. Mais c'est ch... (sic) car il s'agit toujours de la même chose. On joue soixante-dix à quatre-vingts matches dans l'année et il faut s'échauffer soixante-dix à quatre-vingts fois dans l'année. A force, c'est lassant. En club, une heure avant le match, le coach fait un speech de quinze, vingt minutes où il nous repasse les caractéristiques de l'équipe adverse. On dissèque leur attaque, on rappelle leurs mouvements et comment nous devons réagir. En équipe de France, on ne fait pas ça comme ça. Mais c'est important pour nous recadrer, nous remémorer les choses qu'on a à faire. Le stress est présent depuis la montée dans le bus et jusqu'au coup d'envoi. Il y a l'angoisse de mal jouer, la peur de pas être à son niveau. Et, moi, je n'ai qu'une envie : m'éclater sur terrain. »

Le match : « Je sens le terrain »

« Ce n'est pas forcément le premier ballon qui est le plus important. Dès le coup de sifflet, je suis bien car l'action commence, je touche le ballon, sens le terrain et aussi l'adversaire. J'essaye d'entrer dans le vif du sujet. Si je me retrouve en défense, je cherche à mettre deux, trois contacts, à élever le niveau de l'agressivité. Et c'est la même chose en attaque. Je réponds d'entrée présent. Je ne cherche pas le premier ballon pour tirer automatiquement. Il n'y a pas de superstition à ce niveau. Ensuite, c'est l'histoire du match, il se passe plein de trucs, c'est inhérent à chaque rencontre. Je donne le meilleur de moi-même. On communie avec le public, on motive ses équipiers. Il faut être présent, tout donner pour son équipe. Seul but : gagner. Un match est toujours un moment de plaisir. Une fois commencé, ce n'est que du bonheur. Quand le public est de ton côté, ça peut te motiver. Tu marques et tu vois les spectateurs se lever, communier avec toi, c'est très important, ça te donne beaucoup d'adrénaline, ça te booste pas mal. Comme la salle fait écho, le public est très important et l'ambiance s'en ressent. Et, quand le public est contre toi, qu'il te hue, ça peut aussi te booster. Le pire, c'est quand il n'y a pas de public. »

Coup de sifflet final : « La libération »

« Au coup de sifflet final, c'est la libération et la joie de la victoire. On voit le travail accompli, tes équipiers sont autour de toi, ils sont contents d'avoir gagné. Ce n'est pas le plus beau moment du match mais c'est un aboutissement. C'est un sport d'équipe, tout le monde joue ensemble et c'est beau de voir à la fin des joueurs contents et un coach content. Chacun ensuite fait son analyse individuelle, chacun sait directement ce qu'il a fait de bien et ce qu'il a fait de mal. A Kiel, l'entraîneur ne fait pas d'analyse tout de suite, seulement le lendemain à l'entraînement. En équipe de France, il y a une réunion le soir mais on ne fait pas de commentaires à vif car cela implique de revoir le match, de repenser à tout. »

Le soir : « Dur à gérer »

« Ce n'est pas facile de faire la transition. Une fois qu'un match est fini, tu sais que tu joues dans moins de 24 heures. Il faut rentrer à l'hôtel, manger, s'étirer, il y a quelques soins à faire et il faut réussir à s'endormir. Mais on n'y arrive pas car il y a l'excitation du match. Si on n'a pas bien joué, c'est pire car on pense à l'action qui a été mal faite, aux buts qui ont été manqués. Si je ne dors pas bien et qu'il y a un match directement derrière, c'est dur à gérer. »

La semaine suivante : « On ne coupe pas »

« Après une compétition avec l'équipe de France, il nous faudrait plus de repos. A l'Euro, en Norvège, on a joué huit matches en onze jours. Ensuite j'ai eu cinq jours pour me remettre et j'ai enchaîné avec un match de Bundesliga super important. En fait, on ne coupe pas et il faut se remettre en question aussitôt. C'est très dur. Il faut être très fort mentalement. Il faut recharger les accus, retrouver un nouveau style de jeu, une nouvelle manière de s'entraîner, d'autres joueurs. C'est un exercice délicat. »


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