
| Avec les Bleus, Jérôme Fernandez a terminé sixième à Sydney et cinquième à Athènes. (L'Eq.) |
Les souvenirs olympiques...de JERÔME FERNANDEZ
« UNE GRANDE CHANCE, UN GRAND HONNEUR D'ÊTRE LÀ »
Jérôme Fernandez a participé aux Jeux en 2000 puis en 2004. Si la magie des JO est incontournable, il garde aussi à l'esprit la douloureuse élimination des Bleus à Athènes. Et espère repartir de Pékin avec une médaille autour du cou.
« Jérôme Fernandez, vous rappelez-vous des premiers Jeux que vous avez suivi ?
Oui, c'était en 1992, les JO se déroulaient à Barcelone. Cette année-là, il y a eu l'épopée des Barjots (NDLR : surnom de l'équipe de France de hand qui fut médaillée de bronze) mais ce n'est pas cette aventure qui m'a fait découvrir le hand. En fait, je le pratiquais depuis l'âge de cinq et demi.
« Comme une ville où ne vivaient que des sportifs »
Vos premiers Jeux comme athlète ont eu lieu en 2000. Quel effet cela vous a-t-il fait d'apprendre que vous seriez de ce voyage ?
Disons que je m'attendais à y aller. J'avais intégré l'équipe de France en 1997 puis beaucoup joué pendant les trois ans qui ont suivi. Mais je sortais quand même d'une longue blessure (NDLR : brûlé en prenant une douche au début de l'année 2000, Jérôme Fernandez avait dû subir une greffe de peau). J'avais même pris du poids. Néanmoins, la préparation s'était bien passée et, comme je me sentais bien physiquement, je pensais faire partie du groupe. Quand l'équipe a été dévoilée, il n'y a pas eu trop de surprise, pour moi comme pour d'autres joueurs.
Vous souvenez-vous de votre arrivée à Sydney ?
Oui, on ne voyait pas grand chose ! Notre avion était arrivé tard le soir. Mais voir le stade olympique illuminé et entrer dans le Village olympique, ça a été assez spécial. Nous étions tous contents d'être là, même si le voyage avait duré vingt-quatre heures et même s'il a ensuite fallu attendre encore longtemps pour se faire accréditer. Moi, je n'avais qu'une hâte : bien dormir puis aller me balader un peu partout. Ce dont je me rappelle également, c'est que c'est là nous avons commencé à croiser d'autres sportifs. Nous étions comme dans une ville où ne vivaient que des sportifs C'était curieux parce qu'on les voyait avec des habits de ville, alors qu'on avait l'habitude de les voir en tenue de sport à la télé.
Avez-vous assisté aux cérémonies d'ouverture à Sydney et à Athènes ?
Pas à Sydney. On jouait le lendemain matin et, pour avoir ensuite fait celle d'Athènes, je me suis rendu compte que cela aurait été délicat d'enchaîner aussitôt avec un match. Daniel Constantini, notre entraîneur de l'époque, nous a dit qu'il était désolé mais il préférait qu'on ne se disperse pas. Mais, ce jour-là, on a quand même mal joué (NDLR : 24-24 contre la Slovénie). J'ai donc fait la cérémonie d'ouverture à Athènes. C'était une très grosse organisation, il a fallu faire preuve de patience. Mais, quand j'ai vu dans le stade, tous les pays défiler, j'ai pris conscience que j'étais dans un événement regardé par des millions de personnes. C'était une grande chance, un grand honneur d'être là.
« Constantini a dû me remettre dans le droit chemin »
Avez-vous pu profiter des Jeux, en allant voir d'autres disciplines par exemple ?
Non. Du reste c'était le piège dans lequel il ne fallait pas tomber. Il ne fallait pas s'éparpiller. Moi, malgré les consignes, la première semaine, j'ai quand même voulu voir plein de choses et Daniel Constantini a dû me remettre dans le droit chemin. En plus, notre tournoi était étalé sur les deux semaines des Jeux. Donc j'ai suivi les autres sports à la télévision.
Ressentez-vous une différence quand vous participez à un Mondial puis aux Jeux ?
Oui. Pour nous, handballeurs, ça se voit. D'habitude nos matches sont retransmis sur une chaîne cryptée, alors qu'aux JO, ils sont diffusés sur une chaîne hertzienne ou en clair sur Canal Plus. Ça fait plus de monde qui nous suit. En plus, à Pékin, tant chez les hommes que chez les femmes, le hand va être le seul sport collectif avec une équipe française engagée. Donc je pense qu'il va y avoir une attente du public. Et ça peut être un virage médiatique pour notre sport. Depuis le temps qu'on le souhaite...
Quels souvenirs gardez-vous de vos parcours sportifs en 2000 puis en 2004 ?
A Sydney, nous n'étions pas parmi les favoris. Donc notre défaite en quarts de finale (NDLR : 26-21 contre la Yougoslavie) a été une demi-déception. En plus, les Yougoslaves étaient vraiment très forts. En revanche, à Athènes, ça a été beaucoup plus dur à digérer (NDLR : les Français ont encore trébuché en quarts, cette fois contre la Russie, 26-24). C'est simple, la France était sortie invaincue de sa poule, alors que les Russes restaient sur trois défaites d'affilée. Et, à l'arrivée, on a fini cinquième en n'ayant perdu qu'un match, tandis que la Russie a été médaillée de bronze avec quatre revers !
« Pékin, le moment idéal »
Que changeriez-vous, si vous le pouviez, dans vos prestations à Sydney et à Athènes ?
En Australie, j'aurai aimé croire davantage en mes capacités. J'aurai voulu mieux jouer le premier match. Là-bas j'ai tardé à entrer dans la compétition. A Athènes, le regret est plus collectif. On a raté un bout de notre match contre la Russie et ça nous a privés de la suite.
Cet échec a-t-il été oublié ou atténué par vos résultats qui ont suivi, notamment votre titre à l'Euro en 2006 ?
Je ne sais pas. Disons que notre succès il y a deux ans nous a fait prendre conscience que les Jeux de Pékin étaient le moment idéal pour faire quelque chose et que ceux d'Athènes arrivaient sans doute trop tôt. Nous sommes aujourd'hui meilleurs qu'il y a quatre ans. Il y a plus de maturité dans notre groupe. On a fait quatre demi-finales consécutives. Donc a priori, on a notre place dans le dernier carré des Jeux. Après, il faut espérer passer le stade fatidique des quarts de finale.
Que pensez-vous justement du tirage au sort du premier tour ?
Les deux équipes les plus faibles sont dans notre poule (NDLR : la Chine et le Brésil. La Croatie, la Pologne et l'Espagne sont les autres adversaires). Ensuite on sait désormais quels sont les matches à cibler. Si on peut affronter l'Islande ou l'Egypte en quarts de finales, tant mieux, mais ça ne sera pas un gage de qualification pour autant. On en est conscient et on va tout faire pour accrocher le podium voire plus. »