
| « Je dirai à un jeune sportif de vivre les JO à fond. De ne pas avoir peur de l'événement » . (L'Equipe) |
Escrime - Les souvenirs olympiques de... BRICE GUYART
«LA VICTOIRE, LA VRAIE FINALITÉ»
Brice Guyart a participé aux deux derniers Jeux Olympiques et il y a remporté deux médailles d'or ! Il se rappelle de ses victoires mais aussi des sportifs qu'il a rencontrés, des épreuves auxquelles il a assisté...
« Brice Guyart, quels sont vos premiers souvenirs des Jeux ?
(Il cherche) Je n'en ai pas. Avant, je ne les regardais pas à la télé. Des Jeux d'Atlanta en 1996, je n'ai rien vu. Je me rappelle juste d'un peu d'informations et de résultats d'escrime. Mais, à l'époque je n'étais pas encore dans une vision de haut niveau, même si je faisais déjà de l'escrime. Ce n'est pas que ça ne m'intéressait pas. Simplement je devais être en vacances et j'étais dehors avec mes copains et mes copines.
« Le piège du McDo »
Quelle a été la première image des Jeux lorsque vous êtes arrivé à Sydney ?
En fait, quand j'ai fait les J.O. en 2000, j'ai vu le village avant de voir la ville en elle-même. Quand c'est la première fois, ça fait drôle... Le village était grand, bien fini, bien fait. On a regardé à côté de quel pays on logeait.
Comment s'est déroulée votre première cérémonie d'ouverture ?
J'étais toujours avec Lionel Plumenail. Lui était une véritable Bible du sport. Il reconnaissait tout le monde. Après avoir défilé, l'équipe de France s'est retrouvée en rang sur la pelouse. Mais, contrairement à ce qui était demandé, tout le monde se baladait, se mélangeait et c'était très sympa. Et ainsi Lionel et moi sommes tombés sur Haïlé Gebresselassié. Et, là, j'ai eu envie de faire une photo avec lui. C'est la première fois que je faisais ça.
Avez-vous eu l'occasion de croiser d'autres sportifs renommés à Sydney ou à Athènes ?
Oui, en Grèce, j'ai pu discuter avec Roger Federer avant la cérémonie d'ouverture. Toutes les délégations étaient parquées dans un autre stade à côté du stade olympique et les Suisses se sont retrouvés avec les Français. Federer était très sympa, très accessible. Mais, quand on voyait des stars internationales, on ne discutait pas forcément avec elles. Il y avait un jeu avec d'autres escrimeurs : c'était à qui reconnaîtrait le plus de vedettes. J'étais un des plus nuls !
Y a-t-il des pièges dans lequel il ne faut pas tomber ?
Je ne sais pas s'il faut appeler ça un piège mais ça arrive d'aller voir les autres épreuves. Il faut faire attention à ne pas perdre de force en allant supporter les autres. Sinon il y a peut-être le piège du McDo. (Rires) Il y en a à volonté dans le Village olympique. C'est en self-service vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il vaut mieux éviter. Mais c'est vrai qu'au niveau restauration on est un peu livrés à nous-mêmes. Chacun va se servir et la tentation est forte. Mais moi à Sydney, comme j'étais très jeune - 19 ans - j'étais un peu plus encadré que les autres fleurettistes.
« Pour rien au monde, je ne serais rentré avant »
Quels sont vos souvenirs pour vos deux médailles d'or ?
Ils sont différents. En 2000, j'étais très jeune et naïf mais dans le bon sens du terme. J'ai su trois mois seulement avant que j'irai à Sydney. Dans l'équipe, il y avait des fleurettistes de trente-deux ans. J'ai partagé quelque chose avec eux alors que je ne les connaissais pas. On se revoit encore aujourd'hui et ce titre est toujours présent en nous. Ça se voit dans nos regards. Ça a été une super expérience, j'ai appris beaucoup de choses. En 2004, j'avais commencé à m'imposer individuellement. Je connaissais les enjeux des Jeux. Je ne les ai pas abordés de la même façon. J'étais plus protégé, plus professionnel dans ma préparation. Les JO, ce n'est pas quelque chose comme ça. C'est un travail de longue date.
Dans votre progression vers ces deux titres, quel est le combat qui vous a le plus marqué ?
Celui en demi-finales du fleuret individuel en 2004. Je tirais contre l'Italien Andrea Cassara. Il a mené 7-12 puis 10-14 mais finalement c'est moi qui ai gagné. Il y a encore des moments où je me demande comment j'ai fait.
Avez-vous profité des Jeux pour voir d'autres épreuves ?
Bien sûr. A Sydney, je me rappelle avoir vu la finale pour la médaille de bronze de Jean-Philippe Gatien et Patrick Chila au tennis de table. C'était très sympa. A Athènes, j'ai assisté à la victoire de Hicham El-Guerrouj sur le 1 500 mètres. Et j'ai vu également les Français au handball. A chaque fois, je suis resté jusqu'à la fin des Jeux. Pour rien au monde, je ne serai rentré avant.
« La citation de Coubertin, c'est has been »
Avez-vous ressenti le poids des Jeux Olympiques ?
Pas vraiment. On ne se rend pas compte à l'intérieur ce que ça représente sur le monde à l'extérieur. Nous, nous sommes coupés du monde, isolés. Ça intervient après quand nous rentrons chez nous. On voit les émotions qu'on a procuré aux gens.
Que représente l'idéal olympique pour vous ?
Question délicate. C'est difficile de retrouver les valeurs de l'Olympisme de nos jours avec la médiatisation, la politisation et le business. Nous, les sportifs, nous n'avons pas le choix, nous sommes dans cette machine énorme. Après, il y a quand même des émotions qui ressortent. Il y a de belles épreuves, de beaux combats, de beaux champions. Et tout cela donne de l'espoir aux gens. Sinon la citation de Pierre de Coubertin, « l'essentiel c'est de participer », pour moi, c'est has been (sic). Quand on est sportif de haut niveau, la participation, c'est juste une étape vers la victoire. C'est ça, la vraie finalité.
Quels conseils donneriez-vous à un sportif qui va participer à ses premiers Jeux ?
Je lui dirai de vivre ça à fond. De ne pas avoir peur de l'événement, ce n'est pas non plus un rouleau compresseur. On peut vivre les Jeux et y participer. Il faut juste éviter de tomber dans l'excès. »