Dans la tête de... BRICE GUYART«ON SE LÂCHE ET ON NE RÉFLÉCHIT PLUS »Comment le fleurettiste Brice Guyart, champion olympique par équipes en 2000 puis en individuel en 2004, appréhende-t-il une compétition ? A la veille de tirer et jusqu'à son départ du site, découvrez son mode de fonctionnement. La veille : « Je ne fais pas les cent pas »« La veille d'une compétition, je ne suis pas si tendu que ça. Durant la journée, j'essaye d'être au calme, de penser à moi, de faire des choses qui me plaisent, d'écouter de la musique tranquillement et de parler avec les autres. Je ne suis pas spécialement stressé, mais j'ai hâte d'être au lendemain et de tout lâcher. Mais je ne fais pas non plus les cent pas. Sinon j'aime beaucoup aller voir les autres escrimeurs tirer. C'est un bon moyen de me mettre dedans. Voir les autres gagner me motive, me transcende. J'aime bien m'imprégner de cet esprit olympique et de la victoire. » La nuit : « Je ne me souviens pas de mes rêves »« Jusqu'à présent, j'ai toujours réussi à bien dormir. Je me couche relativement tôt vers dix heures, tranquillement. Je ne vois pas pourquoi ça changerait. Cette nuit-là, je ne me souviens pas de mes rêves mais, pendant la période de préparation, il m'arrive de me réveiller la nuit et de rêver de la victoire. En général, ce sont des rêves positifs. » Le matin : « Je me lève souvent tôt »« Avant la compétition, je n'ai pas spécialement de rituel. Je ne suis pas trop renfermé. En revanche je me lève souvent tôt. J'aime bien prendre mon temps pour me réveiller et me lever. Après, je suis à l'écoute et assez observateur. Je regarde bien, quand j'arrive dans la salle, les endroits où je pourrais être au calme. Je m'imprègne aussi de l'ambiance avec les sons et la lumière. Je ne suis pas dans ma bulle avec un walkman. Ce n'est pas du tout mon genre. » L'échauffement : « Je suis assez ouvert le jour d'une compétition »« Je ne tourne pas spécialement en rond. Je mets beaucoup de temps à m'échauffer et à me straper. Avec mon problème au genou, j'ai besoin d'un strap qui me demande un peu de temps. Je n'ai donc pas le temps de m'ennuyer ni même de cogiter. De toute façon, je sais ce que j'ai à faire pour être bien chaud et bien me préparer. Au moment où j'arrive sur la piste, je n'ai pas eu trop le temps de réfléchir. Sinon je suis assez ouvert le jour d'une compétition. Ça montre aussi que je suis bien et que je maîtrise mon sujet et la situation. Que je sois dans une phase positive ou négative, ça ne change rien. Si ça ne se passe pas bien, c'est sûr qu'il me faut un peu de temps, mais c'est le sport : on peut perdre contre plus fort que soi, on peut passer à côté. Je relativise mieux qu'à une époque. Peut-être, est-ce l'âge et la maturité. Je pense qu'il faut rester accessible pendant une compétition. Durant toute ma préparation, je suis assez égoïste et c'est normal. Mais, quel que soit le résultat de l'épreuve, bon ou mauvais, je pense qu'après c'est le moment de s'ouvrir et de partager. Du stress, il y en a bien sûr. Juste avant d'entrer sur la piste, il y a une montée d'adrénaline, ça vous prend, puis l'arbitre dit d'y aller, tout part, on se lâche et on ne réfléchit plus. C'est la volonté qui prend le dessus. » Le tournoi : « Une gestion de l'instant »« C'est match par match, et même un peu plus, échange par échange. J'essaye de ne pas trop voir plus loin, d'être lucide sur chaque instant pour ne faire aucune faute et ne donner aucune touche à l'adversaire. C'est une gestion de l'instant à chaque fois. A ce sujet, j'ai une anecdote : en demie à Athènes contre l'Italien, j'ai été mené 7-12 puis je suis revenu à 10-14 pour gagner 15-14. On me parle de ce que je viens de faire, les médias sont là en sortant de la piste, à chaud. Tout le monde avait l'air content, et moi, j'ai dit clairement : « Je n'en ai rien à foutre de ce que je viens de faire, ce qui m'intéresse, c'est de gagner le match suivant, c'est le plus important ». J'ai coupé court, ça a surpris tout le monde car ma remontée était assez inespérée. Mais c'était passé, il y avait une autre gestion à faire. J'étais déjà dedans, j'étais cent pour cent lucide. » Entre deux matches : « Au calme avec mon kiné et mon entraîneur »« C'est vrai qu'à Athènes, il y a eu pas mal d'attente : cinq heures entre mon quart et ma demie et je crois une heure entre ma demie et ma finale. Ça laissait le temps de cogiter. Mais je n'ai pas trop réfléchi. Je me suis mis au calme avec mon kiné et mon entraîneur. On a rappelé des principes de base auquel il faut penser pendant un match, mais on n'est pas rentré dans de la technique pure. J'ai même dit : « Je ne sais pas comment je vais le battre mais je vais le faire, je le ferai sur le moment ». Mais je n'avais pas envie de faire le match avant. » La victoire : « Une sensation d'être bien, apaisé »« Jusqu'à présent, ça s'est toujours bien passé. Je n'ai pas connu la défaite aux Jeux, j'ai eu deux médailles d'or. A chaque fois, il y a eu une explosion. C'est une sensation, une impression d'être bien, d'être apaisé, de maîtriser la situation, d'avoir imposé ce qu'on sait faire. On ressent une grande fierté. » Après : « Des rêves où je perds »« La nuit qui suit, c'est impossible de dormir. Il y a trop d'excitation, trop de nervosité. Il y a plein d'images qui se croisent, qui reviennent. C'est difficile. Les jours d'après, on en profite, on essaye de rendre à nos proches et à nos entraîneurs, ce qu'ils nous ont apporté. Réellement, il faut au moins un ou deux jours pour vraiment en sortir. Pendant deux semaines, je faisais encore des rêves où je perdais la finale. C'était difficile, mais il n'y avait aucun souci. Je préfère faire ses rêves et avoir la médaille sous mon oreiller que le contraire. » |
|
|
© 2007 Microsoft |
|