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A Athènes, Hicham El-Guerrouj a vu tous ses efforts récompensés par deux médailles d'or. (L'Equipe)

Athlétisme - Les souvenirs olympiques de... HICHAM EL-GUERROUJ

«LE PANTHÉON DU SPORT»

Il a attendu longtemps, très longtemps avant de décrocher son Graal. A sa troisième Olympiade, Hicham El-Guerrouj a enfin pu accrocher deux médailles d'or. Retiré des pistes depuis 2004, le Marocain, membre du CIO, demeure le meilleur ambassadeur des JO.


«Hicham El-Guerrouj, quelles sont vos images marquantes des Jeux Olympiques ?
Beaucoup de choses m'ont marqué. Lors de ma première participation aux Jeux d'Atlanta, Mohammed Ali a allumé la flamme, c'était un moment historique. Ce monument du sport était là pour montrer sa solidarité avec l'olympisme et le mouvement olympique. Avec les menaces d'attentat, les Jeux se sont déroulés dans les meilleures conditions. Pourtant, à certains moments, on s'est demandé si on allait participer. En 2000 à Sydney, la domination des Australiens en natation, avec Ian Thorpe, m'a marqué. En 2004 à Athènes, les Jeux reviennent sur les terres de l'olympisme et je gagne, c'est une chose fabuleuse. Pour moi, les Jeux, c'est le panthéon du sport. Pour chaque athlète, gagner une médaille olympique, c'est entrer dans l'histoire.

Une médaille olympique, c'était votre rêve d'enfant ?
Depuis mes seize ans où j'ai intégré le centre national des sports en 1991, je rêvais de devenir champion olympique sur 5 000m. Pourquoi 5 000m ? A l'époque, mon idole, c'était Saïd Aouita et il a gagné en 1984 à Los Angeles. Je ne m'en rappelle pas très bien, mais j'avais entendu parler de sa course et de la manière dont il avait gagné. Pour moi, les Jeux, c'était le 5 000m. En 1991, je ne connaissais pas les autres courses. A l'arrivée de Saïd Aouita comme directeur technique en 1994, il m'a orienté vers le 1 500m. Il ne s'est pas trompé. Il a transformé complètement mon rêve.

Vous vous définissiez comme un soldat à l'entraînement. Cette abnégation a-t-elle été votre moteur ?
Je me considérais comme un soldat, mais un soldat qui courait pour son plaisir et pour l'amour du sport. Le soldat est quelqu'un qui a un rythme de vie très cadré, c'est-à-dire l'entraînement le matin, la sieste et encore l'entraînement. Je ne connaissais que l'entraînement et le repos. Ma philosophie, c'était entraînement, repos, entraînement, repos. Puis il y a eu mes objectifs. Chaque année, depuis 1994, je me fixais des objectifs. De 1994 à 2004, chaque année était un défi, chaque jour était un défi. Quand j'allais à l'entraînement sur le stade ou dans la forêt, j'y allais d'abord pour mon plaisir, pour une satisfaction personnelle - courir pour moi est une philosophie - mais j'y allais aussi pour améliorer mes performances. Il fallait que je revienne à la maison ou au centre avec une satisfaction personnelle et du bien-être. Je classais mes objectifs, qu'ils soient majeurs et mineurs.

Et, dans ces objectifs, les Jeux et les Championnats du monde ont-ils quelque chose à voir ?
Les JO, ce sont des millénaires d'histoire. Les Jeux modernes datent de 1896. Les Championnats du monde d'athlétisme ont commencé en 1983, c'est jeune. Ce sont deux histoires différentes. L'olympisme a une histoire protégée qui dure depuis des années, qui a vu des milliers et des milliers d'athlètes, on parle de Paavo Nurmi, de Zatopek. Tout ça, c'est de l'histoire. Le rêve pour tout athlète est de gagner une médaille olympique pour participer à l'histoire de l'olympisme. Chacun de nous, chaque vainqueur à chaque olympiade, met une pierre sur l'édifice de l'histoire. Les Championnats du monde, c'est tous les deux ans, c'est un seul sport, c'est très bien, mais les Jeux, c'est vingt-huit sports dans un village olympique. On est là pour les mêmes valeurs, pour le même partage, la même solidarité et le même objectif. C'est un langage universel.

Vous avez disputé vos premiers Jeux à Atlanta. Comment avez-vous vécu votre arrivée au village olympique ?
En 1996, on était mal logés, le village olympique était à côté des autoroutes, il y avait beaucoup de bruit, mais l'ambiance était bonne. A Sydney, on n'était pas dans le village, on était dans un hôtel. A Athènes, je garde un très bon souvenir, je suis resté douze ou treize jours, c'était fabuleux, extraordinaire, j'ai croisé tous les athlètes, on dormait dans le même village, on mangeait dans le même restaurant, on allait dans les mêmes installations sportives. C'était une famille qui réunissait 10 500 athlètes, dirigeants, kinés... C'était une fête qui a duré deux semaines.

Pékin arrive. Quels conseils donneriez-vous à un jeune athlète ?
J'ai beaucoup d'admiration et de respect pour tous les athlètes, quelle que soit leur nationalité, parce que je me considère de la même famille. On représente une famille qui porte des valeurs et on est là pour transmettre ces valeurs à l'humanité. J'ai vécu trois Olympiades. La première, j'y suis allé avec un énorme stress, je ne connaissais pas le terme plaisir à l'époque. A partir de 2004, je courais pour mon plaisir, pour l'amour du sport. Cette expérience me permet de dire aux jeunes : « Partez à Pékin pour votre plaisir, pour l'amour du sport. Allez-y pour gagner mais avec plaisir en respectant les adversaires, les juges, les encadrants, l'environnement. Partez à Pékin pour participer à l'histoire de l'olympisme ». Je suis sûr que ces Jeux de Pékin vont être les Jeux de l'histoire. Ils ont mis le paquet pour que ce soit les Olympiades de l'histoire. Il faut que ces athlètes soient à la hauteur. Donnez votre maximum pour gagner et pour respecter les autres.

Du côté français, Mehdi Baala représente une chance de médaille. Que doit-il faire pour réussir ses Jeux ?
J'ai beaucoup de respect et d'estime pour ce garçon. J'aime aussi beaucoup Lagat. Mon rêve, c'est que les deux soient sur le podium, mais il y a toujours un vainqueur. Lagat a fait le maximum à Athènes pour être champion olympique, mais il n'a pas pu gagner et c'est pareil pour Medhi. Ce que je peux dire à Mehdi : « oublie ton passé, pense à Pékin ». Il ne faut pas aller à Pékin avec ce passé. Pékin sera une occasion pour lui, il ne faut pas qu'il la rate, il faut garder l'esprit sportif, son environnement mais en gardant la volonté et la force.»


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