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«Il faut ne pas douter de soi-même et surtout ne pas dévaloriser l'autre.» (L'Equipe)

Judo - Dans la tête de... FREDERIQUE JOSSINET

«IL Y A FRÉDÉRIQUE AU JUDO ET FRÉDÉRIQUE DANS LA VIE»

Que se passe t-il dans la tête de Frédérique Jossinet avant une grande compétition ? Comment la judoka (-48 kg) évacue-t-elle la pression avant de rentrer sur le tapis ? La double championne d'Europe (2001, 2002) nous livre son cheminement (très) personnel à travers son parcours aux Jeux Olympiques d'Athènes, en 2004, ponctué par une médaille d'argent.


Avant de partir : «Pas de stress»

«Je n'ai pas de stress particulier. J'ai, comme chaque athlète, un paquetage avec tous les équipements une semaine avant le départ. Je ne les défais même pas. Je regarde un peu, mais sans plus. Je suis plus préoccupée par l'organisation de la venue de mes amis, de ma famille, que par le fait de participer aux JO pour la première fois de ma carrière (rires). Je ne fais pas vraiment de différence entre les JO et un Championnat du monde, ce sont des grosses compétitions que j'aborde de la même manière.»

Avant le jour J : «J'extériorise pour faire passer mes angoisses»

«Cécile Nowak (championne olympique à Barcelone en 1992) vient à Athènes. Nous buvons un coup tranquillement sous les oliviers des petites maisons dans lesquelles nous logeons, car nous ne sommes pas au village. Nous parlons de tout sauf de judo. Et nous rions. Beaucoup. Je déconne énormément. C'est aussi un peu le côté que personne ne connaît. Parce qu'en fait, il y a deux Frédérique. Il y a Frédérique au judo et Frédérique dans la vie. Au judo, j'ai un statut de leader au niveau des résultats et de l'engagement, un statut naturel qui ne me pose aucun souci, mais pas celui de la déconneuse. Et j'ai vraiment ma vie en dehors. Le judo, c'est mon truc à moi, ma passion, et je veux que personne ne me l'enlève. Ça m'est réservé. Donc avant la compétition, je me libère, je m'éclate. J'extériorise énormément ce que je ressens pour faire sortir mes peurs, mes angoisses.»

Le matin de la compétition : «Je me suis dit ''aujourd'hui, c'est une belle journée''»

«Je crie, je rigole, et puis après je mange, mais pas trop tard parce que les pesées sont très tôt. Celle des JO est à 7h00. Je suis tranquille, en short, chaussettes, et tongs. c'est un peu drôle quand même ! (rires). C'est désert, j'entends les oiseaux, il y a les oliviers, et ça sent bon. Je regarde le soleil et je me dis "Aujourd'hui, c'est une belle journée". Je me rends au village, décontractée, pour la pesée. Et je sais que jusqu'au moment où je vais mettre mon kimono, je vais être tranquille. De toute façon, il est trop tard pour me mettre la pression.»

Le trajet maison - lieu de compétition : «Je pars sans pression»

«Je suis avec ma musique, sans stress. Avec mon entraîneur. Tout est réglé, le temps de trajet, où je dois me rendre en arrivant, etc. Je leur fais entièrement confiance. Je me cale par rapport à ce qu'ils me disent. Je pars sans pression.»

Arrivée au dojo : «Prête à aller au bout de moi-même»

«J'ai des rituels d'avant combat et je ne les change pas. Par exemple, je garde ma gourde près de moi, mes écouteurs, je rigole, je parle avec mes entraîneurs, je blague... Jusqu'à un moment donné où je me change, je vais me décontracter en courant tout doucement pour commencer à transpirer et activer tous mes muscles, et faire monter ma fréquence cardiaque. A partir de ce moment-là, je rentre dans ma compétition. Je sais que jusqu'à la fin de la journée, je suis dans mon truc. Je me conditionne petit à petit. Physiquement et mentalement. Je sais qu'il faut que je sois prête à tout donner, à aller au bout de moi-même.»

Les quatre premiers combats : «Je sors complètement vidée»

«Il faut vraiment prendre l'adversaire à sa mesure, ne pas douter de soi-même et surtout -surtout- ne pas dévaloriser l'autre. Je commence par une Australienne, combat hyper délicat, puis je tombe sur une Biélorusse qui m'avait battue quatre mois plus tôt. Assez rapidement, je lui mets ippon, magnifique ! Et ça me libère. Derrière, je prends une Chinoise. Puis en quart, j'ai un combat très rugueux, très difficile. Physiquement et psychologiquement. Je sors vainqueur, mais je suis complètement vidée. Et là, ce qui est bien, c'est la longue coupure avant la demi-finale.»

Entre le quart et la demie : «Nous nous cachons dans les toilettes»

«Avant cette demie, j'ai trois ou quatre heures de pause. Normalement, les gens doivent quitter les lieux. Deux potes restent, et nous nous cachons dans les toilettes, toutes les trois, les pieds sur la cuvette pour que personne ne nous voie. Tout le staff technique me cherche partout pour savoir ce que je veux... manger ! (rires) Et je leur dis "C'est bon, aux Championnats du monde, personne ne me demande ce que je veux manger". Mais là, c'est les Jeux, alors il FAUT savoir ! Les caméras enquêtent aussi pour connaître la teneur de mon déjeuner. C'est surréaliste ! Pendant ce temps, je suis tranquille, j'ai mon riz au lait, mes barres de céréales et mon Coca, je me marre avec mes amies, nous sommes toutes seules dans cette grande salle, nous nous prenons en photo, sur les rambardes. C'est du n'importe quoi (rires) ! Mais c'est indispensable de me retrouver avec elles. Elles me font relativiser les choses à coup de "Tout va bien, t'es en forme, t'inquiète." Parce que lorsque tu arrives en demies, tu peux gagner... Oui, tu peux gagner... mais tu peux aussi faire cinquième.»

La médaille d'argent : «Je n'ai aucun regret»

«Je perds en finale. Ryoko Tamura (ndlr, devenue Ryoko Tamura-Tani) était bien plus forte que moi. Mais je n'ai aucun regret. Quand je sors du combat, le tapis est surélevé, avec trois ou quatre marches. Je le regarde à nouveau, je n'ai pas envie de descendre. Et je me dis " Put... non, je veux la refaire, je ne veux pas partir, je veux refaire cette finale". Mais, bien sûr, je sais qu'il est trop tard. Là, Stéphane Traineau, mon coach, prends ma tête entre ses mains, me regarde et me dit "Ok, tu as perdu... C'est une défaite aujourd'hui pour toi, mais c'est une victoire, et profite... Parce que des moments comme ceux-là, on ne sait jamais s'il y en aura d'autres... Tu as fait une super journée". Il avait raison.»

L'analyse de cette finale : «Finalement, je n'ai jamais pu faire l'analyse»

«Bizarrement, ça a été assez difficile ensuite. Cette médaille est devenue "la seule médaille décrochée par le judo français à Athènes". Elle a été transformée en "l'échec du judo français". On a un peu dévalorisé ce que j'avais fait, et ça m'a fait beaucoup de mal, pendant presque deux ans. Je n'ai pas vraiment pu l'analyser. Je n'ai plus le temps de le faire, et en plus, mes entraîneurs ne sont plus en place pour m'aider à le faire. Comme je travaille pas mal en préparation mentale, j'ai reparlé de toute cette colère que j'avais en moi par rapport à cet "échec des Jeux", au fait que j'avais été touchée que mes entraîneurs aient été virés. Je l'ai bien évacuée. Et depuis un an, ça va beaucoup mieux.» (sourires)


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