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« J'évite de regarder les adversaires car certains de leurs mouvements pourraient me frustrer. » (L'Eq.)

Haltérophilie - Dans la tête de... VENCELAS DABAYA

« MON REGARD A CHANGÉ, LE SANG EST MONTÉ À LA TÊTE »

Que se passe-t-il dans sa tête ? De la veille de la compétition à sa conclusion, Vencelas Dabaya, champion du monde en 2006 et champion d'Europe en 2007, nous fait vivre la façon dont il aborde son concours.


La veille de la compétition : « Le jour le plus long »

« Déjà je parle moins que d'habitude. Je suis, comme les autres haltérophiles, rongé par la perte de poids. Il y a une pesée deux heures avant le début de la compétition et on doit toujours perdre trois à quatre kilos. C'est très difficile à gérer car il faut penser à manger moins. En plus, et là, je me contredis, j'ai à la fois besoin d'être entouré, de parler avec des gens et, en même temps, je me dis que je suis trop fatigué pour le faire. Mais je n'ai pas non plus envie de frustrer ou de rejeter les autres. En fait, je suis chouchouté et j'ai envie de rester seul. En général c'est le jour le plus long dans le déroulement d'une compétition. Je regarde tout le temps ma montre et je me dis que le temps n'avance pas vite. Il faut aussi savoir que la veille d'une épreuve, on se pèse cinq fois, sept fois voire dix fois ! »

La nuit : « Les adversaires, je les revois»

« Je dors très peu - trois ou quatre heures. Je me tourne et me retourne dans mon lit. Je fais le film de ma compétition : je pense à chaque étape, aux barres que je vais soulever mais pas à mes adversaires. J'essaye en fait de penser à moi, au maximum que je vais pouvoir donner. Mais c'est dur parce que les adversaires, je les revois quand même dans ma tête. Un tel, je me dis que je l'ai vu marcher et qu'il a l'air vraiment costaud. Dans l'ensemble, j'essaye de me rassurer, de ne garder que les images positives. Je réfléchis, je calcule, je regarde comment je vais pouvoir duper mes adversaires. Donc tout ça ne me fait pas dormir beaucoup. Mais l'entraîneur ne dort pas beaucoup lui non plus. Personne ne dort en fait. »

La pesée : « Un premier combat »

« C'est donc deux heures avant la compétition. Pour moi, c'est le moment le plus douloureux. C'est même un premier combat. Dans mon esprit, la compétition qui va avoir lieu n'existe même pas encore. C'est seulement après la pesée que je vais pouvoir passer à autre chose. Et donc je réfléchis toujours. Je me demande quel poids mes adversaires vont avoir. Quelquefois on a une heure de temps pour aller au sauna mais, en retour, on laisse quand même un peu de jus. Ou alors on se rase les aisselles pour vraiment perdre quelques grammes ! En revanche, une fois que la pesée est passée, c'est « bon débarras » ! »

De l'hôtel au site : « Tête baissée »

« La plupart du temps, tous les compétiteurs sont dans le même bus. On n'a pas la force de se regarder dans les yeux parce qu'on est crevés à cause de la pesée et des derniers grammes qui viennent de partir. Ce sont plutôt les entraîneurs qui se regardent. Moi je suis tête baissée, je ne regarde rien, même pas le paysage. Je pense à autre chose. Cette fois pas aux barres que je vais soulever mais au podium que je veux faire. »

L'arrivée au site : « Je m'allonge »

« Une fois arrivé, je vais dans mon coin et je mange. Je bois beaucoup aussi car, nous, nous perdons surtout en eau. On ne court pas pour éliminer, on fait surtout du sauna. J'essaye de prendre entre huit cents grammes et un kilo. Mais il faut aussi faire attention à bien digérer. Ensuite je m'allonge, je somnole pendant vingt minutes puis je me fais masser durant dix minutes. C'est le seul instant où j'arrive à oublier la compétition. »

La salle d'échauffement : « Ne pas se poser de questions »

« D'entrée de jeu, nous choisissons notre plateau (NDLR : la surface où se déroule une compétition. Il en existe une douzaine dans une salle d'entraînement). Il arrive que l'entraîneur soit venu avant toi et en a bloqué un. On essaye de se mettre à un endroit où on aura moins à marcher pour aller dans la salle de compétition. On dispose d'une minute pour y aller et il faut perdre le moins de temps possible. J'évite encore de regarder les adversaires car certains de leurs mouvements pourraient me frustrer. Ensuite il y a un petit couloir intermédiaire avant d'arriver dans la salle de compétition. Généralement je demande à m'asseoir. Je revois la technique dans ma tête et je me convaincs que c'est la bonne. Il ne faut pas se poser de questions sinon ce sera un échec. Il y a aussi quelqu'un de l'encadrement pour me crier dessus ou me donner de petites tapes pour m'encourager. »

La compétition : « Je suis transformé »

« Une fois qu'elle commence pour moi, je suis un autre homme. Je suis transformé. Mon regard a changé, le sang est monté à la tête. La pression est là, on se rappelle de l'enjeu. Certains athlètes ont du mal avec la pression mais ce n'est pas mon cas. Une fois que la première barre a été soulevée, ça y est, je suis dans la compétition. Le premier essai est rarement trompeur, c'est souvent ce que tu soulèves à l'entraînement. Il permet de te situer dans la tête et physiquement. Après, il faut retourner dans la salle d'échauffement. Ça peut durer cinq à dix minutes. Je ne cogite pas trop là-dessus, mais c'est vrai, c'est long. Je m'assois, je mange, j'observe l'adversaire. Avec mon staff, on fait le choix de la barre qu'on va tenter. On réfléchit sur ce que je vais faire à la deuxième et à la troisième barre, s'il faut garder du jus ou non. »

Après la compétition : « Je ne dors pas »

« On s'embrasse ou on est dégoûté en fonction de son résultat. C'est dur de se relâcher. On est toujours dans la compétition. Dans notre discipline, le fonctionnement mis en place par la Fédération internationale veut que ce soit un système où chaque pays doit gagner sa place. Donc tous les haltérophiles ont le même objectif. Après mon épreuve, je vais aller supporter les autres membres de l'équipe de France. Je ne décompresse donc pas et je ne dors pas les deux nuits qui suivent mon concours. On ne discute pas non plus tout de suite de mon résultat car les entraîneurs sont concernés par d'autres épreuves. Il y a un débriefing à la fin, en individuel ou en collectif. Et je ne me relâche qu'une fois de retour chez moi ! »


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