MSN sports Formule1 - LA CHRONIQUE DE SEBASTIEN BOURDAIS - Au coeur de la F1
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Sébastien Bourdais a terminé le GP du Canada à un tour du vainqueur, Robert Kubica. (AFP)

Au coeur de la F1

«PASSAGER DE MA PROPRE VOITURE»

Cette saison, Sébastien Bourdais vous fait vivre la F1 de l'intérieur en exclusivité sur L'Equipe.fr et L'Equipe TV. Il revient dans cette chronique sur le Grand Prix du Canada, où rien ne s'est passé comme prévu, avec une treizième et dernière place au final.


«La F1 n'est pas une Champ Car»

«Je me faisais une joie de revenir au Canada, sur un circuit sur lequel j'avais couru en Champ Car avec une victoire en 2006. Qui plus est sur le continent nord-américain. Mais rien ne s'est passé comme prévu. Et c'est un week-end que je veux oublier. Tout a mal commencé d'entrée. Une Formule 1 n'a rien avoir avec une monoplace de Champ Car. Par exemple, en Champ Car, sur le circuit Gilles-Villeneuve, on roulait avec beaucoup plus d'appui vu que la voiture était plus lourde (Elle pèse deux cents kilos de plus qu'une Formule 1). Et quand on retire de l'appui, cela va plus vite en ligne droite mais moins vite en virage. Avec la Champ Car, j'arrivais 20 km/h moins vite qu'une F1 en bout de ligne droite. De ce fait, les points de freinage ne sont plus du tout les mêmes. D'autant que l'adhérence était plus forte avec ma Champ Car : on rentrait plus fort dans les virages et avec les gros pneus slicks, on gardait plus de vitesse dans la courbe. Quand on est au volant d'une F1, on arrive plus vite en bout de ligne droite mais il faut freiner plus fort. Et la F1 est beaucoup plus délicate à stopper ici car elle a moins d'appuis et a tendance à se dérober avec moins de charge aérodynamique.

Quand je suis arrivé jeudi, j'ai été un peu déstabilisé. Il a fallu que j'oublie tous les repères que je m'étais construit en Champ Car. En plus, c'était des choses bien ancrées parce que j'ai roulé ici pendant quatre années. Les points de freinage reviennent naturellement : sans avoir besoin des repères de distance, tu sais instinctivement que là, maintenant, il faut freiner. Mais la F1 n'est pas une Champ Car. Et il m'a fallu réapprendre le circuit. Ou plutôt le désapprendre. C'était très déstabilisant !

«J'ai roulé ''en dedans''»

Quant à la course, je préfère parler de non-course. Je suis épaté par ceux qui ont réussi à finir dans les points car la piste était vraiment très délicate à piloter. Je ne suis jamais arrivé à m'y sentir en confiance : dès que je quittais d'un ou deux centimètres la trajectoire idéale, c'était l'horreur ! La voiture se dérobait. En cinq tours, je me suis fait trois frayeurs. J'ai manqué la pulvériser dix fois. Alors après, j'ai roulé ''en dedans'', sur la défensive. Je faisais en sorte d'anticiper mes freinages, d'être prudent ; mais c'est le danger parce que, en pilotant ainsi, la voiture ne peut fonctionner. La température des pneumatiques baisse, leur pression également. La F1 perd alors de l'adhérence et moi, je me retrouvais encore moins en confiance.
Pour moi, c'est mon pire week-end de pilote automobile depuis très longtemps. J'ai été un passager de ma propre voiture toute la course. J'ai non seulement pris aucun plaisir mais j'ai tout le temps subi, je me suis senti totalement à côté de la plaque. J'ai été en survie à chaque instant.»


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