12/11/2008 | 17:37| Foot - L1Cayzac : «Gentil ? Con de dire ça»![]() Président du Paris-SG de juin 2006 à avril 2008, Alain Cayzac vient de raconter son expérience inouïe dans un livre, Passion impossible*, au sous-titre limpide : «Mes vingt mois à la tête du PSG, du rêve au cauchemar». Le prédécesseur de Charles Villeneuve, encore ému que le nouveau vestiaire des pros, au Camp des Loges, ait été baptisé à son nom, nous a accordé un long entretien, dans lequel il explicite quelques-unes des thèses défendues dans son ouvrage, ou encore sur le potentiel de ce club, sur la qualité de l'investissement de Colony Capital, et sur la force de sa personnalité. «Président gentil ? C'est con de dire ça...». Voici la première partie de cet entretien. « Alain Cayzac, avant de préparer cet entretien, vous me disiez : les journalistes me posent souvent les mêmes questions sur ce livre... (Il interrompt) Le Guen, Le Guen, Le Guen... Voilà. On voulait vous demander : 1/ Quelle est la question qui revient le plus souvent? 2/ Quelle est la réponse originale que vous n'avez pas faite et que vous pourriez nous réserver? Mon livre compte douze chapitres, par thèmes. Il y en a un que les gens retiennent, c'est une nuit au milieu des poneys (NDLR, incapable de soutenir, à la télé, la fin de la 38e journée de L1, il est allé discuter avec un poney dans la propriété d'un ami). Il y en a un qui amuse beaucoup, c'est «La guerre des malouins» (NDLR, les coulisses du transfert avorté de Pauleta vers Lyon, entre autres). Et pour les gens, le sujet qui revient toujours, c'est celui de mes rapports avec Paul Le Guen. Ils étaient très bons, mais professionnels disons. Ils sont inexistants depuis que j'ai quitté le club. On n'est pas fâchés, mais on ne communique pas. Mais vous vous rendez bien compte que ce qui est écrit dans le livre déboulonne sa statue de triple champion de France. Jean-Michel Aulas était prêt à laisser les clefs de l'OL il y a trois ans et on se demande pourquoi en vous lisant. J'essaie de faire la part des choses, en tout cas. Il y a trois angles : Le Guen entraîneur, Le Guen manager et Le Guen dans ses rapports avec Cayzac. C'est peut-être de la sensiblerie, mais je pensais qu'il y aurait plus d'empathie et d'affection, après tout ce qu'on a vécu. Mais ce n'est pas grave, il est pudique, et je préfère penser que c'est de la pudeur, et pas de l'indifférence. Sur le fond, je dis que c'est un bon entraîneur, costaud. Je dis aussi que j'ai fait une erreur la deuxième année en déléguant le sportif et la gestion de l'effectif à Paul Le Guen. J'assume, mais on aurait dû fonctionner comme en première année. Ce statut de manager général, je ne dis pas qu'il n'en est pas capable, je dis que ce n'est pas son utilisation optimale. Passons à vous. On sent, à vous lire, que quelque chose vous agace profondément, c'est d'entendre dire que vous êtes un président gentil. Honnêtement, c'est con de dire ça. Je pourrais m'en tirer en citant Voltaire: ''La gentillesse est une qualité de l'intelligence''. La première saison (2006-2007) a été très dure. Si je suis faible ou gentil à ce moment-là, je sombre et le club avec. Quand je vire Dhorasoo, ce n'est pas pour qu'on dise que je suis un dur. On m'a dit, au contraire, que je n'avais pas été gentil, que je ne m'adaptais pas à la spécificité du football. Gentil ? C'est de la psychologie de bistrot. Peut-être que j'aime trop les joueurs, le jeu, le ballon, l'environnement, et que ça me fait manquer de recul. Je suis un humaniste, oui. Mais les gens qui me connaissent me trouvent bêtement rancunier, alors... Vous parliez de Dhorasoo, mais le soir où l'interview que vous lui reprochez paraît dans L'Equipe, vous annoncez à la télé qu'il n'y aura pas de sanction. Et c'est lorsque Guy Lacombe, le lendemain, parle de sanction due à un salarié, que l'escalade commence... Honnêtement, je ne m'en souviens pas, j'en suis étonné. Si je l'ai dit, c'est que je le pensais. J'ai sans doute espéré que les choses s'arrangent. Je ne pensais pas que les positions se durciraient. Comparons: quand Ben Arfa fait son erreur (NDLR, refuser d'entrer en jeu contre le PSG, trop déçu de n'avoir pas été titularisé), il vient s'excuser le lendemain. Ça permet une porte de sortie. Vikash était plus âgé, avec plus de caractère, et n'a pas souhaité s'excuser. Vous omettez une autre différence : Ben Arfa vaut 15 millions d'euros. C'est un actif du club. Dhorasoo, non, par son âge et sa fin de contrat. C'est vrai que si Barcelone n'est pas content de Ronaldinho et qu'il vaut 80 millions d'euros, il y a un conflit entre l'intérêt et la morale. Quand vous prenez une telle décision, c'est pour une communauté, et donc ça a pu jouer, oui. Mais c'était un bon joueur, le club s'en privait. Vous nous disiez tout à l'heure avoir lutté contre la mort du club. Quel scénario redoutiez-vous? Une descente en L2 définitive? Le désengagement de l'actionnaire? La mort du club, c'est le moment où l'opinion publique se met à le haïr car elle l'assimile aux cent personnes - peu importe combien - qui sont racistes et qui ont poursuivi quelqu'un, Yaniv en l'occurrence, (NDLR, le 24 novembre 2006 après PSG - Tel-Aviv). Si l'opinion fait cet amalgame, les hommes politiques s'engouffrent dedans, les sponsors peuvent se demander où ils sont tombés. Là, le club est fini. Je me suis vraiment bagarré, et s'il y a une chose à mettre à mon crédit, c'est celle-là. Quand je dis que le club a failli mourir, ce n'est pas théorique. J'ai accepté la fermeture d'une tribune, car il fallait donner un signe. Mais les autorités auraient pu décider un huis-clos, on ne pouvait pas exclure la violence autour du stade. Tout pouvait aller très vite. (La suite, à lire jeudi sur notre site).» - Cé. Ro. * Alain Cayzac, ''Passion impossible'', Editions du moment - 16,50 euros, 194 pages. Voter pour cette article:
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