MSN Sports Cyclisme - L'oeil de Jean-François Bernard
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29/07/2007 | 19:47| Cyclisme - TDF

L'oeil de Jean-François Bernard

Jean-François Bernard, vainqueur de Paris-Nice en 1992, troisième du Tour de France et porteur du Maillot Jaune en 1987, est le consultant de lequipe.fr. Chaque jour, il nous livre son analyse et dissèque les enjeux de la course et de son environnement. Il salue «le talent à l'état pur d'Alberto Contador» (photo Reuters): «C'est un grimpeur hors normes avec un mental d'assasin, entouré par une superbe équipe», ce qui a sûrement manqué à Cadel Evans. Les affaires de dopage ont nui non seulement à l'image du Tour mais aussi à l'intérêt sportif : «Incontestablement, Michael Rasmussen a faussé la course.»


«Jean-François Bernard, quels sont les points forts d'Alberto Contador , vainqueur du Tour à seulement 24 ans ?

Il est vraiment un talent à l'état pur : c'est un grimpeur hors normes, on l'a vu avec ses accélérations et sa victoire au Plateau de Beille. En plus, il sait rouler. Il parfaitement géré sa course et ses contre-la-montre par rapport à Cadel Evans et Levi Leipheimer, deux très gros rouleurs. Au-delà de cet aspect, il a surtout un mental d'assassin. Il a seulement 24 ans et il ne doute de rien, à l'image des grands qui ont gagné le Tour à cet âge (Merckx, Anquetil, Gimondi et Hinault). Quant à l'affaire Puerto, il faut rappeler qu'il a été blanchi.


Qu'est-ce qui lui a permis de faire la différence avec Cadel Evans ?

Contador était entouré d'une superbe équipe autant à l'aise dans la montagne que dans les contre-la-montre... Levi Leipheimer et Yaroslav Popovych sont de grands grimpeurs et d'excellents rouleurs. Face à la Discovery Channel, Cadel Evans n'était pas suffisamment épaulé. Quand il s'est fait lâcher dans la montagne, il n'a plus compté aucun équipier. Chris Horner était souvent présent dans le dernier col mais il était toujours "à bloc" et incapable d'apporter son soutien. Je pense que Cadel Evans paie le choix de son équipe Predictor Lotto, dont la composition était axée autour de Robbie Mc Ewen et la première semaine.


Le parcours du Tour a-t-il bien équilibré les chances entre grimpeurs et rouleurs ?

C'est peut-être un cliché mais je le pense sincèrement : ce sont les coureurs qui font la course, ils ne sont pas à la merci du tracé. Aucune décision n'a été faite dans les Alpes, où tous les leaders se sont neutralisés. La plupart des étapes de montagne ont été escamotées et se sont résumées à des courses de côte dans la dernière ascension.


Les tricheurs (Michael Rasmussen, Alexandre Vinokourov) ont-ils influencé le classement final ?

Incontestablement, Michael Rasmussen a faussé la course. En montagne, et notamment dans les Pyrénées, c'est lui qui a forcé la décision. On l'a souvent retrouvé en compagnie d'Alberto Contador dans la dernière ascension et ensemble ils ont creusé des écarts. Cette analyse est moins vraie pour Astana. L'équipe avait déjà perdu gros avec les chutes d'Andreas Klöden et d'Alexandre Vinokourov sur la route d'Autun. Ensuite, ils ne disposaient plus des mêmes forces et ils ne pouvaient pas influencer la course.


Malgré des écarts très faibles en tête du classement général, cette dernière étape n'a pas échappé à un scénario traditionnel ?

Cette histoire de chasse aux bonifications par Cadel Evans, je n'y croyais pas. Le résultat final a été entériné samedi soir, après le contre-la-montre. Certains coureurs ont bien tenté de "montrer le maillot" sur les Champs-Elysées mais il est presque impossible d'éviter une arrivée massive. Cette dernière étape est mythique. Tous les sprinteurs veulent absolument l'accrocher à leur palmarès. Daniele Bennati a montré qu'il finissait le Tour très frais. Il a réussi à devancer Thor Hushovd sur une arrivée qui convient au Norvégien. Il était tombé en début de Tour et était en retrait lors de la première semaine. Sa victoire à Castelsarrasin avait déjà montré qu'il finissait en trombe.


Quelle image garderez-vous de cette 94e édition du Tour ?

Honnêtement, je ne resterai pas sur une bonne impression. Avec toutes ces affaires de dopage, je n'ai pas vraiment pris de plaisir. Je retiens quand même quelques individualités, comme la victoire de Sandy Casar. Cela fait du bien de le voir gagner après toute sa malchance. J'espère que cela sera un déclic pour lui. Chez les Français, beaucoup de coureurs sont encore jeunes et ils sont venus sur ce Tour pour prendre de l'expérience et revenir encore plus fort.»

Propos recueillis par Anthony THOMAS, aux Champs-Elysées



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