02/04/2007 | 10:03| Natation-ChM-BilanFauquet:«Le protentiel est là»L'équipe de France termine troisième nation mondiale avec six médailles. Mais est-ce la performance d'un collectif ou d'une individualité d'exception, Laure Manaudou ? La Française a trusté toutes les breloques individuelles des Bleus. Laure Manaudou cache telle une équipe de France en difficulté ? Le Directeur technique national, Claude Fauquet, dresse un bilan de ces Mondiaux, évoque le potentiel de ses nageurs et regarde déjà vers Pékin avec 75 semaines de travail avant les Jeux olympiques.
Quatre médailles individuelles pour Laure Manaudou
Avec six médailles dont deux d'or, l'équipe de France termine troisième nation mondiale de ces Championnats du monde, une première pour les Bleus... «Six médailles, c'était notre objectif. Sur ces six médailles, quatre le sont à titre individuel pour Laure. Si je compare aux années où nous avions fait quatre médailles, il y avait quatre médaillés. Cette fois, il n'y a qu'une seule médaillée à titre individuel. Entre le passage des Championnats d'Europe aux Mondiaux, il y a eu un petit écart que toute la natation européenne a subi. Quatre médailles pour une seule nageuse, c'est un exploit, quelque chose d'extraordinaire. Je ne suis pas inquiet parce qu'il y a des potentialités, certes elles ne se sont pas exprimées ici mais elles existent.»
La date, la jeunesse, les Championnats d'Europe
Si le potentiel est là, pourquoi ne s'est-il pas exprimé à Melbourne à l'exception notable de Laure Manaudou ? « La date de cette compétition influence beaucoup les performances avec cette transition entre les Championnats d'Europe et du Monde. Si nous étions les seuls à vivre cela, je dirai on a un problème, mais je suis persuadé que nos nageurs étaient prêts. Le deuxième problème relève de la jeunesse. L'expérience est un facteur fondamental de réussite. Ce manque d'expérience et parfois d'attention peut passer aux Championnats d'Europe mais pas au niveau mondial. Le lieu avec l'éloignement et le décalage horaire ont également joué. Passer de la dynamique de Budapest à Melbourne a été une rupture très importante. » Le DTN estime également qu'il manque un leader dans l'équipe de France masculine qui a commis quelques petites erreurs de jeunesse.
Le potentiel
« Je crois que ces jeunes nageurs progressent, même si cela ne se voit pas. Ils ont cette capacité à nager vite, à ne pas être distancé sur un certain nombre d'épreuves. Le potentiel est là, il faut juste qu'il puisse s'exprimer. Je suis un peu frustré de ne pas avoir vu Alain Bernard sur la finale du 100 m, il pouvait être le Canadien de service, sur cette première marche avec les autres. C'était possible.»
Laure et les autres
Est-ce que Laure Manaudou écrase les autres par ses performances et annihile les ambitions ? Laure Manaudou représente-t-elle à elle seule l'équipe de France ? Avec cinq des six médailles françaises, l'élève de Philippe Lucas a survolé la compétition, mais n'a-t-elle pas indirectement poser problème aux autres nageurs ? «Quand on a une championne de cette dimension avec un tel écart avec l'ensemble de l'équipe, ce n'est pas elle qui pose problème. C'est la façon dont les autres vont aborder cette relation à ce très haut niveau de performance. Ce problème existe. Parfois, cela peut paraître d'une autre dimension. Notre travail est de manager l'équipe pour que cette équipe ait des ambitions qui lui soient propres, que la comparaison ne soit pas seulement ce que fait Laure. Se fixer des objectifs progressifs pour que chacun individuellement aille à son maximum lors des JO de Pékin.»
Esprit d'équipe es-tu là ?
Le forfait d'Esther Baron et de Laure Manaudou qui devaient disputer les finales du 200 m dos et du 800 m nage libre le soir a fait grincer quelques dents lors des séries du 4x100 quatre nages. Sans dossiste, l'équipe de France a fait appel à Camille Muffat et ne s'est pas qualifiée pour la finale. Mais les relayeuses ont assuré l'essentiel en obtenant le ticket pour les Jeux olympiques. Comment s'est passé ce choix ? «Nous devrions être en mesure de surseoir à ce type de décision. Nous ne devrions pas être dans la difficulté comme cela s'est passé pour le 4x100 m quatre nages. Des finales mondiales l'après-midi, cela se respecte. Certaines filles étaient en colère au départ, elles ne comprenaient mais quand on peut discuter avec elles et qu'on leur a expliqué, elles ont montré un état d'esprit irréprochable. Ce relais est qualifié pour les Jeux et peut-être que si ce relais est médaillable aux JO, il faudra se rappeler ce qui s'est passé, que certaines filles ont pris conscience de l'importance de se qualifier pour les JO. C'est vrai que cette expérience va nous servir, j'ai déjà réfléchi à la manière de sélectionner les relais mais nous serons toujours soumis à la décision d'un coach ou d'un athlète, c'est humain. Je crois au potentiel des athlètes de se dire de servir ou pas l'équipe de France. Je comprends bien que l'enjeu du médaille mondiale ou olympique puissent l'emporter sur d'autres choses.»
Le programme à 18 mois de Pékin
Le compte à rebours a déjà commencé pour les Jeux Olympiques à Pékin. Après ces Mondiaux, les nageurs se sont octroyés une pause bien légitime avec une quinzaine de jours de vacances. Une dizaine d'entre eux font une petite escale d'une semaine en Nouvelle-Calédonie et après ils replongent dans le grand bain. « Il ne faut surtout pas passer par une phase de décompression trop longue qui serait dangereuse, très dommageable pour Pékin. Cette année pré-olympique est fondamentale en termes de préparation des bases de l'année olympique. Il y a 18 mois de travail. Il y a 75 semaines de travail avant Pékin. J'ai dit aux athlètes que si sur chaque semaine de travail, ils avaient un objectif et qu'ils atteignaient ces objectifs pour chaque semaine, on pourrait voir de belles choses à Pékin. » Le DTN voit plusieurs rendez-vous importants dans son échéancier avec les Championnats de France à Saint-Raphaël fin juin, un stage de dix jours en Chine avant l'Open de Paris début août et surtout la sélection pour les JO en avril à Dunkerque qui « sera incontournable, il faudra être prêt à ce moment-là, l'équipe olympique se dégagera de cette sélection. » Bien sûr, les athlètes - ceux qui le souhaitent - seront également amenés à participer aux Championnats d'Europe à Eindhoven. Il n'y aura pas de nageurs sélectionnés d'office.
Avantage Etats-Unis
« Le décor est planté pour Pékin avec une domination extraordinaire des USA. Peut-être que cette nation n'a jamais été aussi forte ? J'y vois plus qu'une domination de puissance, une domination technique. C'est tout à fait nouveau, il y a eu un énorme travail pour les Américains sur les aspects techniques de ce sport, les virages, les départs. Ce ne sont pas seulement des handicaps pour nous mais pour l'ensemble des autres nations. Ils ont pris un avantage important. Ils ont estimé il y a quelques années que s'ils ne réagissaient leur hégémonie pouvait être mise en question. Ce travail est tout à fait remarquable.»
Recueilli par Sophie DORGAN, à Melbourne.
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