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Team New Zealand, sous l'impulsion de Peter Blake (à dr.), s'est imposé en 1995 et 2000. (L'Equipe)

COUPE DE L'AMERICA

150 ANS DE BATAILLES NAVALES

Monopole américain durant 132 ans, la Coupe des Cent Guinées, gagnée en 1851 par la goélette America et rebaptisée depuis Coupe de l'America, est une épreuve unique au monde. A l'occasion de sa 32e édition, revivez les grandes dates de son histoire, de l'île de Wight à la baie d'Auckland.


Le mythe de la goélette America

En 1851, à l'occasion de l'Exposition universelle anglaise, de grandes régates sont organisées. L'une d'entre elles, dotée par le Royal Yacht Squadron d'une "Coupe des Cent Guinées", doit être présentée par la reine Victoria. En vue de cette course, des négociations antérieures avec les yachtmen américains ont abouti, de l'autre côté de l'Atlantique, à la formation d'un syndicat pour la construction d'un voilier de course, baptisé America. La régate étant prévue pour le 22 août 1851, la goélette America quitte le port de New York le 20 juin, en direction du Havre, où elle accoste le 11 juillet. L'équipage effectue quelques travaux dans le port normand, parant notamment le yacht d'un nouveau jeu de voiles. Le 31 juillet, America met le cap sur l'Angleterre. Le parcours choisi pour la "Coupe des Cent Guinées" est on ne peut plus simple : un tour complet de l'île de Wight dans le sens des aiguilles d'une montre, départ et arrivée ayant lieu à Cowes.

Pas de second

A 9h55, le 22 août, America prend le départ de la course en compagnie de 15 yachts britanniques. Après une mise en action difficile, c'est du moins ce que les comptes-rendus rapportent, le bateau américain ne tarde pas à survoler les débats. Un peu plus de dix heures après le départ, un coup de canon annonce l'arrivée du gagnant à Cowes. L'avance d'America est telle qu'on raconte que le dialogue suivant fut échangé à bord du Victoria-and-Albert, entre la reine Victoria et le "signal master" :
«- Les yachts sont-ils en vue ?
- Oui, Votre Majesté.
- Quel est le premier ?
- America.
- Et le second ?
- Ah mais Majesté, il n'y a pas de second !»

Le mot est resté. Jusqu'à être devenu aujourd'hui "LE" principe de base de la Coupe de l'America. Les Britanniques digèrent mal la cuisante défaite de leur flotte. On pinaille sur un point de règlement (déjà), on discute à n'en plus finir, et le premier Lord de l'amirauté britannique doit même se défendre au Parlement ! America confirme sa supériorité dans deux autres régates et repart pour l'Amérique, emmenant à son bord le précieux pichet. La Coupe, devenue "America's Cup", va demeurer propriété américaine durant 132 ans.

Le hold-up de Australia II

Le New York Yacht Club, à qui elle est offerte en juillet 1857, propose immédiatement de la remettre en jeu. Mais il faut attendre treize années avant que les Américains ne soient engagés dans leur première défense. Entre 1870 et 1937, quinze challengers anglais, canadiens et écossais, s'aventurent sans succès dans les eaux américaines. Parmi eux, les Shamrock de Sir Thomas Lipton (à l'origine de cinq défis entre 1900 et 1930) et le fameux Endeavour, merveille de la Classe J, emmené par Thomas Sopwith (1934 et 1937).

La première régate d'après-guerre n'a lieu qu'en 1958. Quatre ans plus tard, le premier défi australien, le Gretel de sir Packer, fait ses débuts dans la compétition. Ces pionniers des antipodes ne le savent pas encore, mais ils vont être à l'origine du plus gros coup de théâtre de l'histoire de la Coupe. En 1983, Australia II du milliardaire Alan Bond, dessiné par Ben Lexcen et barré par John Bertrand, remporte l'Aiguière !

On a toujours entendu dire que la tête du premier skipper américain qui viendrait à perdre la Coupe, se retrouverait en bonne place dans la vitrine aux trophées du New York Yacht Club. Dennis Conner, s'il n'a pas sauvé sa place à New York, a au moins gardé la tête sur les épaules. En 1987 à Fremantle, "Big Bad Dennis" ("Le gros méchant Dennis") oeuvre pour le compte du San Diego Yacht Club. A la barre de Stars-and-Stripes, il efface l'affront de 1983, et ramène le trophée chez lui, en Californie.

La mondialisation se confirme

Malgré la victoire d'America 3 du milliardaire Bill Koch en 1992, la suprématie américaine sur la Coupe est de plus en plus sérieusement contestée. En premier lieu par les Italiens (Il Moro di Venezia en 1992) puis par les Néo-Zélandais. Les Kiwis, inspirés par la performance australienne de 1983, se jettent à l'eau en 1987 et atteignent, lors de cette première campagne, la finale des éliminatoires entre challengers. Une finale que le syndicat kiwi perdra une nouvelle fois d'un cheveu, quatre ans plus tard face aux Italiens d'Il Moro di Venezia. En 1995, et malgré des moyens limités, les hommes de Peter Blake ne perdent en tout et pour tout qu'une régate lors des éliminatoires et infligent un sévère 5-0 à Young America en finale. C'est avec la même équipe (notamment le barreur Russell Coutts et le tacticien Brad Butterworth) que Team New Zealand devient le premier "defender" non-américain à conserver l'America's Cup en 2000.

En 2003, handicapé par la disparition de Peter Blake et le départ de son barreur vedette, Russell Coutts, Team New Zealand est balayé par Alinghi (0-5), un syndicat suisse nouveau venu, sous la houlette d'un milliardaire, Ernesto Bertarelli. L'aiguière d'argent retournera en Europe pour la première fois depuis la création de l'épreuve. La Suisse ne possédant pas de façade maritime, l'édition 2007 se déroulera en Espagne, à Valence.


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