
| Pierre Quinon a été le premier Français sacré champion olympique à la perche. (L'Equipe) |
Athlétisme - Que sont-ils devenus ? PIERRE QUINON
« J'ETAIS DANS LA BRUME »
Jusqu'aux Jeux de Pékin, notre site revient vers d'anciens champions olympiques français. Ceux-ci s'expriment sur leurs carrières, leurs victoires, leurs émotions et leurs reconversions. Pour le quatrième volet, retrouvez Pierre Quinon (45 ans), champion olympique de saut à la perche en 1984.
« Pierre Quinon, que devenez-vous ?
J'ai mis un terme à ma carrière en 1993. A cette époque, j'étais licencié dans un club à Bordeaux. Mais j'avais décidé depuis un certain temps de revenir dans le département du Var que j'aimais beaucoup. Je m'y suis installé aussitôt et j'ai rejoint une entreprise de rôtisserie à Hyères. C'est toujours mon activité principale aujourd'hui. Et, après avoir racheté les parts de mes premiers associés, j'en suis désormais le patron.
«J'ai rejoint une entreprise de rôtisserie»
Voilà une reconversion bien originale pour un champion olympique.
Oui, d'ailleurs, il y a eu un choc au début avec le contraste qui en découlait. Tu as gagné une médaille d'or aux Jeux et tu te retrouves à faire cuire des poulets. (rires) Mais, au fil du temps, j'ai appris à vivre sans le sport et je n'en ai pas eu besoin. C'est vrai que, quand on est sportif de haut niveau, l'idée de se reconvertir comme je l'ai fait, fait un peu peur. J'ai montré que je pouvais être quelqu'un d'autre qu'un champion olympique. D'ailleurs j'ai presque oublié que je l'ai été...
N'avez-vous cependant jamais eu l'occasion de revenir vers le sport ?
Si, ça m'est arrivé. Mais ça n'a pas toujours marché. Pendant un an, je me suis occupé de Romain Mesnil pour préparer les Jeux Olympiques d'Athènes en 2004. Sportivement, cela a été un échec car il n'a pas réussi à sortir des qualifications. Mais ce qu'il en est resté, c'est une belle amitié, c'est donc forcément un bon souvenir. Sinon j'ai aussi été le préparateur physique pour des jeunes dans une équipe de rugby. Mais, dans mes interventions dans le domaine sportif, cela n'a pas été plus loin.
Et comment vous êtes-vous retrouvé à diriger une entreprise de rôtisserie ?
Parce qu'on me l'a proposé. Je vous l'ai dit, je voulais revenir dans le Var. Des personnes qui travaillaient dans une société m'ont sollicité pour les rejoindre comme associé. Je me suis dit : pourquoi pas ? Je l'ai fait et ça m'a relancé. Aujourd'hui, ça marche toujours bien, nous sommes trois, basés sur le parking d'un centre commercial. Et c'est une activité qui laisse du temps pour faire d'autres choses à côté.
Par exemple ?
Je me suis mis à la peinture il y a quelques années. Ça prend effectivement du temps. C'est une autre passion.
« J'ai voulu essayer la perche et j'ai eu un shoot »
Revenons à votre carrière de perchiste. Elle s'est arrêtée, alors que vous aviez trente ans. Que s'est-il passé ?
Il s'est passé qu'au mois de février 1993, un certain Jean Galfione a remporté le titre de champion de France en salle. Pour moi, cette victoire a agi comme un flash. Je me suis vu quelques années auparavant et me suis dit : maintenant ça suffit. Il faut tourner la page. J'avais eu plusieurs blessures les années précédentes et, à chaque fois, il avait fallu repartir de zéro. Cela était devenu de moins en moins supportable. J'ai pris la décision ce jour-là et je ne suis pas revenu dessus.
Et comment tout a commencé ?
Enfant, je courais dans tous les sens et je me suis mis à toucher à tout au niveau du sport. C'est mon père qui m'a amené vers l'athlétisme. Il en faisait lui-même. Pour un gamin, une piste d'athlé, c'est un vrai terrain de jeux avec toutes les disciplines qui sont proposées. J'avais un copain qui était à l'aise au saut en hauteur et je n'avais jamais réussi à le battre. J'ai voulu essayer la perche et j'ai eu un «shoot» (sic). J'ai pris conscience que je pouvais m'exprimer, que j'avais une âme de compétiteur. Je suis devenu joueur et ça me plaisait. Et, ce jour-là, j'ai enfin battu mon copain...
Comment avez-vous intégré l'équipe de France ?
J'ai d'abord fait un sport-études à Salon. Mais, vous savez, à cette époque-là, le sport de compétition se déroulait essentiellement à Paris. La filière classique était l'INSEP, mais je n'avais pas encore envie de me retrouver en internat. Un ami m'a présenté à Jean-Claude Perrin qui était au Racing Club de France...et qui n'était pas intéressé par moi ! Jusqu'à présent, il ne s'était occupé que de jeunes formés à l'école du Racing. Il m'a testé un peu avant de m'accepter. Puis, en 1982, j'ai été champion de France devant tous les favoris. C'est comme ça que la machine s'est mise en marche, un peu plus rapidement que prévu.
Tout cela nous emmène enfin au 8 août 1984 et à votre médaille d'or aux Jeux de Los Angeles.
Hou là... Cela remonte à loin. Je dois faire un petit effort. (rires)