
| Christophe Capelle, Philippe Ermenault, Jean-Michel Monin et Francis Moreau. (L'Equipe) |
Cyclisme sur piste - Que sont-ils devenus ? POURSUITE PAR EQUIPES
«NOUS AVONS TOUS RIGOLÉ»
Jusqu'aux Jeux de Pékin, notre site revient vers d'anciens champions olympiques français. Ceux-ci s'expriment sur leurs carrières, leurs victoires, leurs émotions et leurs reconversions. Pour le cinquième volet, retrouvez l'équipe de France de poursuite sacrée en 1996, avec Jean-Michel Monin (40 ans), Philippe Ermenault (38 ans), Francis Moreau (42 ans) et Christophe Capelle (40 ans).
« Que deviennent les quatre champions olympiques ?
Jean-Michel Monin : Je travaille pour Amaury Sport Organisation depuis le mois de février 2001. Je suis au département compétitions, principalement pour des courses cyclistes.
Philippe Ermenault : Je suis cartographe chez EDF à Amiens. Je m'occupe surtout de mettre à jour les plans des réseaux du gaz et de l'électricité.
Francis Moreau : Depuis 2003, je suis éducateur sportif pour l'AFIDA de Saint-Quentin. C'est un organisme qui s'occupe de l'insertion de jeunes en difficulté.
Christophe Capelle : Je suis le directeur de deux agences de la SITA et suis basé à Lagny. J'y suis depuis le mois de septembre dernier. Nous nous occupons de traitement de déchets industriels.
« Nous sommes partis avec l'idée de ramener une médaille. Le bronze nous paraissait accessible »
Comment se sont achevées vos carrières respectives ?
J.M.M. : La mienne s'est terminée en pente douce. (Rires) Après Atlanta, j'ai encore fait une année en pro et deux autres en amateur. Puis j'ai travaillé dans le service des relations publiques du Tour de France, je me suis occupé d'une équipe nationale dans l'Oise et j'ai aussi fait quelques piges comme directeur sportif de l'équipe de Saint-Quentin.
P.E. : Pour moi, cela s'est fini un peu après les Jeux de Sydney. Je n'avais pas participé à l'épreuve individuelle de poursuite et nous avions terminé quatrièmes par équipes. J'ai été déçu par ces résultats et me suis dit que c'était le moment idéal pour arrêter. A l'époque, j'étais déjà lié à EDF avec un statut de sportif de haut niveau.
F.M. : J'ai arrêté au lendemain des Mondiaux de Manchester en octobre 2000. Je voulais que ma carrière cesse après les Jeux de Sydney. Mais Jacky Mourioux (NDLR : entraîneur de l'équipe de France) m'a demandé de continuer un peu. Ensuite j'ai voulu rester dans le domaine du sport. J'ai suivi une formation de remise à niveau puis effectué des stages.
C.C. : De mon côté, le vélo s'est arrêté en 2002. Cette année-là, je n'ai gagné aucune course sur route. Et, alors que j'avais encore des propositions de contrat, j'ai estimé qu'il était temps de faire autre chose. J'ai fait une formation en commerce et gestion puis divers stages dont l'un à la SITA. Et on m'a fait une offre.
Commençons notre retour sur Atlanta. Dans quel état d'esprit êtes-vous arrivé là-bas ?
J.M.M. : En fait, en 1996, il n'y a que Christophe qui a intégré l'équipe de France. Avec Philippe et Francis, cela faisait deux, trois ans qu'on se connaissait. Nous sommes partis avec l'idée de ramener une médaille. Le bronze nous paraissait accessible. Au-delà, nous n'y pensions pas vraiment.
C.C. : Effectivement j'étais le moins spécialiste des quatre. Tout a commencé par un kiné qui m'a conseillé de faire un Six Jours durant l'hiver. J'ai été alors repéré par Jacky qui m'a demandé de faire un entraînement avec l'équipe de France. Je me suis bien débrouillé et j'ai intégré la sélection.
P.E. : Personnellement, je suis parti avec l'idée de faire un podium en individuel et m'étais surtout préparé pour ça. Mais Jacky avait mis en place un programme de courses et de stages pour l'équipe. Je me souviens de celui de Hyères, très intensif, qui a duré tout le mois de juillet. Mais la préparation a été bizarre puisque nous nous sommes retrouvés tous les quatre dix jours seulement avant le début de l'épreuve. Ce n'était pas l'idéal.
F.M. : Comme c'était la première fois que des professionnels étaient admis aux Jeux, je me suis retrouvé un peu dans l'inconnu. Avec Christophe, on avait fait les treize premières étapes du Tour de France juste avant. Et, avec Jacky, on s'est aperçu que faire beaucoup de route était très utile pour se préparer. Ça n'a enlevé aucune de nos qualités. L'équipe n'avait pas obtenu de bons résultats les années précédentes mais nous avions fait des tests corrects. Donc nous sommes arrivés avec de bonnes bases.
« Un ascendant psychologique plus fort »
Quels souvenirs gardez-vous de l'épreuve de poursuite par équipes ?
P.E. : Après les qualifications, nous sommes partis rouler pendant trente ou quarante kilomètres. Quand nous sommes revenus, il y avait un membre de l'équipe en train de nous filmer en montrant du doigt que nous étions premiers. Pour moi, il y a aussi eu un autre élément déclencheur. Quand nous avons affronté la Nouvelle-Zélande, Christophe a crevé et il y a eu un moment de panique. L'équipe a été un peu disloquée mais nous avons réussi à nous re-souder. Nous avons terminé à trois et, en plus, nous avons fait un excellent chrono. Je pense que cela nous a permis d'avoir un ascendant psychologique plus fort pour la suite de la compétition.
C.C. : Les Néo-Zélandais, nous les avions en ligne de mire et voilà que je crève ! Je suis alors en deuxième position dans l'équipe. Je ne suis pas tombé mais Francis n'a rien entendu et a continué à aller de l'avant. Je me suis retrouvé sur la pelouse et les deux autres étaient décrochés ! Quand on revoit ça à la télévision, ça fait peur ! Mais Francis a finalement attendu Philippe et Jean-Michel et nous avons gagné. Ils n'ont pas eu besoin de moi pour ça ! (Rires)
Et en finale ?
P.E. : Je me rappelle que je me sentais bien. D'habitude j'étais toujours stressé ! Mais, là, l'équipe tournait bien, je faisais confiance aux copains. Nous, on redoutait surtout l'Australie. Alors, quand nous avons su que nous allions concourir contre la Russie, nous avons pensé que c'était un adversaire à notre portée. Avant le départ, j'ai dit à mes camarades : « C'est une finale olympique, il faut se faire plaisir. »
F.M. : L'équipe de Russie a pris un départ plus rapide que nous. Nous avons compté une demi-seconde de retard. Mais, après, nous avons accéléré et, si je me souviens, c'est avec deux secondes d'avance que nous avons gagné.
C.C. : Moi, j'étais très stressé. J'ai gambergé toute la nuit avec Francis qui partageait ma chambre. Le moins qu'on puisse dire c'est que la gestion du stress n'a pas été bonne du tout. Mais nous avons fait une super course.