
| Angelo Parisi a offert à la France trois médailles lors des Jeux en 1980 et en 1984. (L'Equipe) |
Judo - Que sont-ils devenus ? ANGELO PARISI
« J'ÉTAIS DANS LES ÉTOILES »
Jusqu'aux Jeux de Pékin, notre site revient vers d'anciens champions olympiques français. Ceux-ci s'expriment sur leurs carrières, leurs victoires, leurs émotions et leurs reconversions. Pour le premier volet, retrouvez Angelo Parisi (54 ans), champion olympique des poids lourds en judo en 1980.
« Angelo Parisi, que devenez-vous ?
J'ai arrêté ma carrière en 1985 à l'âge de 32 ans. J'ai aussitôt enchaîné en étant entraîneur fédéral durant six ans. Pendant cette période, je me suis surtout occupé des catégories des moins de 95 kilos et des poids lourds. Entre-temps j'ai également demandé une disponibilité de deux ans sans solde pour travailler dans l'immobilier à Lyon. Puis, en 1991, j'ai quitté la Fédération pour intégrer le ministère de la Jeunesse et des Sports. Aujourd'hui, j'occupe différentes fonctions : je suis conseiller technique en animation auprès de la Direction départementale du Val-d'Oise et je suis aussi détaché auprès de la Ligue de judo de ce département. Je collabore enfin avec le Conseil national du développement du sport pour aider des associations d'arts martiaux à obtenir des subventions et je suis membre du jury pour le Brevet d'Etat d'aptitude en animation. Sans oublier que je devenu récemment vice-président du Lagardère Paris Judo.
« En 1972, j'aurai pu devenir champion olympique si j'avais été aligné en poids lourds »
Racontez-nous le début de votre carrière. Comment avez-vous débuté le judo ?
Quand j'avais trois ans, mes parents sont partis vivre en Angleterre. Là-bas, à l'école, on pratiquait le sport quinze heures par semaine. J'ai un peu touché à tout et j'ai même été champion d'Angleterre scolaire au lancer du poids et au rugby. Le judo, je l'ai donc pratiqué tout au long de mes études. A un moment, j'ai dû choisir entre cette discipline et le rugby. Je venais de participer à un tournoi international où j'avais terminé troisième. Quand j'ai vu que j'avais du potentiel au judo, j'ai décidé de continuer dans cette voie.
Vous avez été très précoce durant vos premières années de judoka.
Oui, j'ai décroché ma ceinture noire au bout de onze mois. Je suis ensuite devenu champion d'Angleterre à l'âge de 16 ans. A 17 ans, j'ai fini deuxième du tournoi d'Angleterre seniors chez les mi-lourds et en toutes catégories. Je me rappelle qu'en une journée, j'ai disputé vingt-et-un combats. A la fin, j'en ai pleuré, j'étais nase, fatigué. La même année, j'ai été champion d'Europe espoirs. Et en 1971, j'ai été champion d'Angleterre en juniors et en seniors. J'avais 18 ans.
Arrivent ensuite les Jeux de Munich en 1972. Vous y décrochez votre première médaille olympique, pour l'Angleterre donc.
Effectivement, j'ai obtenu le bronze en toutes catégories. Mais j'aurai pu devenir champion olympique si j'avais été aligné en poids lourds.
Que s'est-il passé ?
Je me le demande encore. En 1972, j'ai perdu la finale nationale des lourds mais je suis ensuite devenu champion d'Europe des mi-lourds. Dans le même temps, celui qui m'a battu aux championnats d'Angleterre n'est même pas monté sur le podium des lourds. Mais les Anglais ont préféré le mettre dans cette catégorie à Munich et moi en toutes catégories. J'étais, du coup, le compétiteur le plus léger parmi tous les participants.
Et vous n'avez pas eu d'explications ?
Non. Je pense seulement que je n'ai jamais été considéré comme un Anglais par les Anglais. En France, on n'aurait jamais fait ça. Quand j'ai perdu la finale des lourds en 1984 aux championnats de France, j'ai quand même été aux Jeux de Los Angeles dans cette catégorie.
Vous devenez citoyen français trois ans plus tard, en 1975. Rancunier ?
Non, pas du tout. Je me suis marié avec une Française et suis venu habiter en France. Mais, à l'époque, il fallait attendre deux ans pour devenir français. J'ai participé à mes premiers Championnats de France en 1976 où j'ai été battu en finale par Jean-Luc Rougé.
Mais vous n'avez pas pris part aux Jeux de Montreal la même année.
Non, parce que les Anglais n'ont pas donné leur accord pour que je combatte sous les couleurs françaises. Selon le règlement en vigueur, on ne pouvait pas faire de compétitions internationales pendant deux ans, à moins d'avoir l'accord de son ancien pays. Et les Anglais n'ont pas voulu.
« Les seuls qui remportaient tous leurs combats par ippon étaient les Japonais. »
Votre revanche arrive finalement quatre ans après à Moscou.
Au moment où débute le tournoi olympique des lourds, je pèse 105 kilos. Mais je gagne tous mes combats par ippon, sauf un où mon adversaire est disqualifié. Je suis incapable de me souvenir du nom de tous mes concurrents mais comment je les ai battus, ça oui. En finale, je suis opposé à un Bulgare (NDLR : Dimitur Zapryanov). J'attaque dès le début du combat et marque koka. Puis j'essaye de l'attaquer par la gauche car je me suis rendu compte qu'il était en train de baisser sa garde de ce côté-là. En fait, c'était une feinte de sa part. Il marque un yuko sur ce coup-là. Moi, je me dis alors que ça ne va plus se passer comme ça. J'ai fait ippon aussitôt après.
Et vous voilà champion olympique. Que ressent-on à ce moment ?
C'est fantastique. C'est comme si, d'un coup, tout se relâche, toute la tension disparaît. Et cela se transforme en allégresse. J'étais dans les étoiles. Non seulement, j'avais gagné, mais avec la manière. Ça a été un rêve. Les seuls qui étaient capables de remporter tous leurs combats par ippon étaient les Japonais. A moins que Geesink (NDLR : champion olympique en toutes catégories en 1964) l'ait fait également à son époque.
Mais justement, les Japonais étaient absents à Moscou en raison du boycott. Est-ce que cela n'a pas tempéré votre victoire ?
Cela n'a rien gâché du tout. Yamashita, qui était à l'époque le champion du monde, était blessé à la période des Jeux. D'ailleurs, il est quand même venu à Moscou et m'a félicité après ma médaille d'or. Vous imaginez ? Qu'un tel champion reconnaisse ma valeur...
Est-ce que cela a changé quelque chose dans votre vie ?
L'avantage d'avoir une médaille d'or aux Jeux, c'est de bénéficier d'une publicité plus importante avec la télévision. Auparavant, j'avais souvent gagné mais jamais sous les caméras. A Moscou, chacun de mes combats a été retransmis et ma finale est passée en direct. Après, on m'a reconnu un peu. Aujourd'hui c'est encore le cas, mais pas avec les jeunes, sauf ceux qui pratiquent le judo. En revanche, les professeurs de judo d'aujourd'hui étaient devant leurs postes de télé en 1980. Donc ça leur a laissé un souvenir incroyable. Moi, je n'ai pas beaucoup changé. Je suis resté humble. En Angleterre, j'aidais mon père à vendre des glaces après l'école et avant l'entraînement. Il était hors de question que je prenne la grosse tête.
Et, au niveau de l'ambiance, comment était-ce ? Les Jeux de Moscou se sont déroulés dans un climat particulier.
Oui, les Soviétiques avaient fait des choses qu'il ne fallait pas avant les Jeux (NDLR : invasion de l'Afghanistan en 1979). Les Etats-Unis, l'Allemagne de l'Ouest et le Japon notamment ne sont pas venus et nous avons défilé sous les couleurs olympiques. Mais cela a été quand même la fête. On pouvait sortir dans la ville sans problème. Bon, il y avait beaucoup de contrôles à cause de ce qui s'était passé à Munich huit ans auparavant. Et on était aussi suivi chaque fois que nous sortions du village olympique. Par qui, mystère, mais on nous suivait. Mais, vous savez, cela faisait dix ans que je prenais part à des compétitions en URSS. Et ça n'a pas été pire qu'avant.
« Porte-drapeau, je m'en rappellerai toute ma vie »
A Moscou, vous avez également frôlé le doublé...
Quatre jours après mon titre, je suis médaillé d'argent en toutes catégories. J'ai perdu contre l'Allemand de l'Est Dietmar Lorenz. J'avais fait des combats fatigants avant la finale. Mon dernier adversaire avait en plus le don de mystifier les arbitres en plaçant de fausses attaques. Dans les dernières secondes, j'ai réussi à le faire basculer. Lorenz est tombé sur une épaule au moment où le gong a retenti. Normalement il y a matte. Mais l'arbitre a décidé de donner la victoire à mon adversaire. Cela a été une grosse déception. J'aurais dû gagner.
Quatre ans après, on vous retrouve aux JO de Los Angeles. Et vous êtes le porte-drapeau de la délégation française.
Et je vais vous dire, ça a été aussi émouvant que d'être champion olympique. Cela a été quelque chose d'extraordinaire. Tant que vous n'êtes pas entré dans le stade, vous ne savez pas ce que ça peut être de porter le drapeau de votre pays. Et, une fois, que vous arrivez sur la piste, tout le monde se lève, vous êtes le premier Français à apparaître. Je m'en rappellerai toute ma vie.
A Los Angeles, vous glanez aussi la médaille d'argent chez les lourds.
C'était ma quatrième médaille olympique. Aucun judoka n'a fait aussi bien. En finale, j'étais opposé au Japonais Saïto. Il était un peu plus petit que moi mais plus lourd. Il ressemblait à une barrique qui était pleine (rires) donc il était assez difficile à manoeuvrer. Au début il a souvent essayé de me faire tomber mais j'ai réussi à tenir debout à chaque fois. Et on a fait autant d'attaques l'un que l'autre. A la fin, le juge a contesté un shido qui était en ma faveur et n'a rien voulu savoir. Saïto a, du coup, gagné.
Et aujourd'hui, Angelo Parisi a-t-il encore des contacts avec des judokas de sa génération ?
Ecoutez, c'est très simple, je suis vice-président du Lagardère Paris Judo. Et Thierry Rey en est le président. Alors... Sinon je suis toujours au contact des judokas français de niveau international. J'ai été à Athènes il y a trois ans pour les Jeux. Et il se peut que je me rapproche de Teddy Riner pour lui donner des conseils sur certaines techniques. Teddy, je pense qu'il pourra faire comme moi : décrocher quatre médailles aux Jeux Olympiques. »