
| Sébastien Flute a été le premier archer français médaillé aux Jeux depuis 1920. (L'Equipe) |
Tir à l'arc - Que sont-ils devenus ? SEBASTIEN FLUTE
«UN FILM EN ACCÉLÉRÉ»
Jusqu'aux Jeux de Pékin, notre site revient vers d'anciens champions olympiques français. Ceux-ci s'expriment sur leurs carrières, leurs victoires, leurs émotions et leurs reconversions. Pour le deuxième volet, retrouvez Sébastien Flute (36 ans), champion olympique de tir à l'arc en 1992.
«Sébastien Flute, vous avez mis un terme à votre carrière après les Jeux Olympiques de Sydney en 2000. Pourquoi avez-vous arrêté à cette date ?
Je venais de participer à mes troisièmes Jeux Olympiques et j'ai senti que la boucle était bouclée. Avant Sydney, je savais déjà qu'il s'agirait de mes derniers Jeux. Si j'avais obtenu une médaille, j'aurai sans doute continué pendant encore un ou deux ans. Mais je n'en ai pas décroché et je n'ai pas voulu faire la saison de trop. Et puis, la question de la reconversion s'était déjà posée. Je suis donc parti avec la satisfaction d'avoir fait une bonne campagne australienne.
«Je travaille dans le département sport d'un cabinet de courtage»
Qu'avez-vous fait depuis ?
Plein de choses !... Pour commencer, j'ai fait le deuil de mon statut d'athlète de haut niveau. Et ce n'est pas ce qui a été le plus simple.
C'est-à-dire ?
En fait, on sait qu'on arrêtera forcément sa carrière un jour ou l'autre. Mais, quand ça arrive, on quitte un milieu qu'on maîtrisait à la perfection. Moi, je restais sur onze années au sein de l'équipe de France. Je peux vous dire que le changement a été radical. Pour vous donner un exemple, j'ai eu la chance de pratiquer une discipline qui me permettait d'être tout le temps en extérieur. Mais ensuite je me suis retrouvé à faire un travail de bureau. Il a fallu se réadapter. Mais il faut aussi relativiser. Cela n'a pas été comme aller à la mine. Pendant les deux mois qui ont suivi la fin de ma carrière, je n'ai rien fait, j'ai profité de n'avoir plus la moindre contrainte. Et ensuite je me suis demandé ce que j'allais faire.
Et donc qu'avez-vous fait ?
En 2001, j'ai intégré le département sports d'une compagnie d'assurances. J'y suis resté trois ans. Puis j'ai rejoint la Fédération française de tir à l'arc pour m'occuper du marketing et de la recherche de sponsors. Ce qui n'a pas été très simple au sein d'une fédération où il n'y avait malheureusement pas de résultats. J'en suis parti en novembre 2006 pour revenir dans le domaine de l'assurance. Je travaille dans le département sports d'un cabinet de courtage. Je m'occupe des fédérations sportives et des événements sportifs que nous avons en portefeuille et j'en démarche d'autres.
Êtes-vous à l'aise dans ce nouveau milieu ?
Tout à fait. Comme je suis resté au contact du sport, j'ai des choses à apporter du fait de mon expérience. Je sais que je suis utilisé autrement que pour mon titre de champion olympique.
«Trois, quatre mois avant de réaliser»
Avant d'évoquer votre médaille à Barcelone en 1992, revenons sur votre choix de pratiquer le tir à l'arc, une discipline plutôt discrète. Comment y êtes-vous venu ?
J'ai commencé à l'âge de onze ans. J'avais vu beaucoup de films d'Indiens ou avec Robin des bois, je ne sais plus. Et, comme beaucoup de gamins, j'ai essayé de construire un arc et des flèches. Mes parents insistaient pour que je fasse du sport et, après avoir fait sans conviction du karaté et du tennis, je leur ai dit que je souhaitais faire du tir à l'arc. J'ai eu la chance de trouver un bon club dans la région où j'habitais, à Brest, avec une ou deux personnes qui étaient en avance dans la perception de la discipline. Et ensuite j'ai gravi les échelons jusqu'à l'équipe de France.
Et nous voilà à Barcelone au début du mois d'août 1992. Racontez-nous votre finale...
J'y suis parvenu en sortant deux archers sud-coréens, soit deux athlètes issus d'un pays référence au tir à l'arc. Et en finale, je me suis retrouvé face à un autre Sud-Coréen, Chung Jae-hun. Je me rappelle que j'ai été mené de deux points après la première volée de flèches (NDLR : trois flèches par volée). Je suis parvenu à refaire mon retard à partir de la troisième. Et c'est à la dixième flèche que j'ai pris l'avantage pour ne plus le perdre. J'avais vingt ans, mon adversaire en avait, je crois, deux de plus. Quand on regarde les images, on voit deux jeunes athlètes très concentrés, qui résistent au stress. Ça a été un tournant dans notre discipline où les vainqueurs étaient généralement plus âgés.
Vous devenez champion olympique. Que ressent-on à ce moment-là ?
J'ai décroché le Graal, soit l'objectif recherché par tout athlète dans une discipline olympique. Mais j'ai quand même mis trois, quatre mois avant de réaliser. Avant d'aller aux Jeux, je m'étais dit : "C'est une compétition de tir à l'arc avec des adversaires que je connais. Il faut rester serein". C'était ma logique. Du coup, si, dix secondes après avoir tiré ma dernière flèche, j'avais explosé, je serai sorti de cette logique. En plus, le lendemain, il y a eu la compétition par équipes. Ça a donc été difficile de tout lâcher. Mais je me rappelle que vingt-cinq à trente faxes m'attendaient dans ma chambre du village olympique, du président de la République aux membres d'un club de tir à l'arc.
Et à votre retour de Barcelone, comment cela s'est passé ?
Ça a été comme un film en accéléré. Une douce euphorie m'a rempli, il y a eu beaucoup de sollicitations et je ne me suis pas rendu compte de tout. A ce moment-là, j'habitais à Clermont-Ferrand et mon titre a eu un retentissement dans la région. Je me rappelle d'une balade que j'ai faite au fin fond de l'Auvergne, dans un endroit magnifique mais perdu. J'ai croisé un jeune accompagné de son père. Le gamin s'est tourné vers ce dernier et lui a dit : "Tu as vu, c'est Sébastien Flute, il est champion olympique". Je ne suis pas devenu pour autant un people en photos dans Voici mais, bon, peut-être que je n'ai pas payé une ou deux fois quand je suis allé au restaurant. Cela a aussi apporté un éclairage à ma discipline. C'était la première fois depuis 1920 qu'un Français gagnait aux Jeux. Le tir à l'arc a retrouvé de nouvelles lettres de noblesse. Il n'a plus été considéré comme une activité ludique mais comme un vrai sport. Et les demandes de licence ont soudainement augmenté.
A Barcelone, vous avez aussi participé à l'épreuve par équipes...
Nous avons terminé à la plus mauvaise place, la quatrième. J'ai été très déçu, surtout pour mes coéquipiers. Quand on est parti de Barcelone, j'étais le seul à avoir une médaille. Si on avait été classés cinquième ou sixième, la déception aurait été moins grande. En plus, nous avons été battus de peu pour la médaille de bronze. Je ne sais plus si j'ai bien tiré ou non, peut-être y a-t-il eu le contrecoup de la veille. Mais c'est vrai aussi que l'épreuve par équipes est beaucoup plus dure. Il faut que tout le monde soit en forme en même temps.
«Pendant deux ans, je n'ai pas mis les pieds sur la moindre piste»
La suite de votre carrière a été moins facile.
Oui. En 1993, j'ai quand même été champion du monde par équipes avec Eric Unbekand et Lionel Torrès. Cela a été une belle revanche par rapport à Barcelone, même si j'étais le seul rescapé de l'équipe de France qui avait terminé quatrième. J'ai été très content de cette victoire parce que j'étais passé complètement au travers de l'épreuve individuelle. Mais, au fil des ans, j'ai eu du mal à retrouver de la motivation, à m'entraîner. Du jour au lendemain, je suis devenu l'homme à abattre. Même un archer modestement classé avait les dents longues face à moi et tirait au-delà de son meilleur niveau. Je n'avais pas d'expérience de ce type de situation et les résultats s'en sont ressentis.
Et les Jeux d'Atlanta sont arrivés en 1996...
Quand je les ai disputés, je sortais de deux saisons décevantes. J'y suis d'ailleurs venu davantage pour renforcer l'équipe que pour défendre mon titre. Je me souviens que les gens avaient un peu de mal à accepter ce discours. J'ai raté la compétition et, au retour, il a fallu chercher une nouvelle motivation. Et, là, je me suis rendu compte que j'avais encore envie de continuer et qu'il fallait monter un projet sportif en vue de Sydney. Je voulais revivre des Jeux Olympiques.
Et comment se sont déroulés les Jeux de Sydney ?
J'y suis allé en me disant que c'était ma dernière participation à un tel événement. C'est comme s'il y avait une voix au fond de moi qui me parlait : "Profites-en, n'aies pas de regrets". A Sydney, je suis arrivé en quarts de finale. J'ai commis une erreur sur une flèche où j'ai été surpris par le vent. Sur le coup, j'ai été déçu mais deux, trois jours après, le résultat me semblait beaucoup plus logique.
Aujourd'hui, avez-vous encore des contacts avec le milieu du tir à l'arc ?
Oui car je suis consultant télé quand des compétitions sont retransmises. Mais c'est vrai qu'après Sydney, j'ai voulu couper avec mon sport. Pendant deux ans, je n'ai pas mis les pieds sur la moindre piste. Je voulais à tout prix éviter d'être tenté par un retour éventuel. Du coup, quand je suis revenu travailler à la Fédération, ça a été avec beaucoup de fraîcheur et d'envie. De plus, depuis deux ans, j'ai monté ma propre gamme de matériel.
Vous avez aussi une autre activité dans le milieu du sport...
Je suis effectivement le représentant des athlètes au sein de l'Agence française de lutte contre le dopage. Nous avons une réunion tous les quinze jours avec une partie disciplinaire et une autre sur la vie de l'agence. Cela permet de mieux comprendre le cheminement qui amène un sportif à se doper. C'est crucial pour la survie du sport.»