| Phil Mickelson reçoit la veste verte. (Reuters) |
Masters d'Augusta
EN VERT ET CONTRE TOUS
Phil Mickelson s'est imposé dimanche au terme des quatre tours du 70e Masters d'Augusta. L'Américain, déjà vainqueur ici-même en 2004, devance de deux coups le Sud-Africain Tim Clark et de trois coups un groupe de cinq golfeurs, Tiger Woods, Fred Couples, Jose Maria Olazabal, Retief Goosen et Chad Campbell. Il devient le premier à enchaîner deux victoires dans un tournoi majeur - il a remporté l'USPGA 2005 - depuis Tiger Woods en 2002 (Masters et US Open)
A l'aube du Masters, jeudi, beaucoup s'attendaient, tout d'abord, à ce que le parcours allongé privilégie les gros frappeurs, et, ensuite, à ce que peu de golfeurs parviennent à réaliser des scores sous le par tant les 18 trous d'Augusta sont difficiles. Au final, si le vainqueur,
Phil Mickelson, n'a rien à envier aux drives de Singh ou Woods, c'est un petit frappeur, le Sud-Africain
Tim Clark, qui a pris la 2e place. Et, surtout, pas moins de 15 joueurs ont terminé les 72 trous sous le par. Mickelson s'offrant même le luxe, et il n'est pas le seul, de ne pas conclure un seul tour au-dessus du par.
Car sa victoire, la deuxième à Augusta après celle de 2004, le désormais n°2 mondial la doit avant tout à sa régularité, enchaînant les trous comme d'autre enfilent les perles, dans une grande sérénité. Il a réussi 18 birdies, 43 pars et concédé seulement 11 bogeys et aucun double bogey. L'américain a construit son succès patiemment, pas à pas. Déjà 4e jeudi soir à l'issue du premier tour, il reculait à la 5e place vendredi suite à un 72 avant de prendre la tête après le troisième tour terminé dimanche en raison d'un violent orage. Leader au départ du quatrième tour, avec un coup d'avance sur
Fred Coupleset
Chad Campbell, il s'est élancé dans la dernière partie et a facilement contrôlé ses adversaires, réalisant un splendide 69 pour finir, entâché d'un seul birdie, au 18.
Pour Mickelson, ce troisième titre en Grand Chelem (Masters 2004, USPGA 2005) sonne comme une consécration. Certainement l'un des golfeurs les plus talentueux du plateau, il a longtemps été considéré comme le meilleur joueur à n'avoir jamais gagné un Majeur. Et puis, un jour d'avril 2004, il s'est imposé à Augusta en rentrant un birdie dans le dernier trou alors qu'il était à égalité avec le Sud-Africain Ernie Els. Déjà vainqueurs de 22 tournois sur le circuit PGA, il décrochait le Graal après 12 ans de carrière professionnelle et, en enfilant sa première veste verte, perdait son costume de looser attachant. Depuis ce déclic, il tutoye les sommets, et après sa victoire, se pose en principal concurrent de
Tiger Woodspour le siège de n°1 mondial.
Si le Masters 2006 a consacré l'un des favoris, il a aussi été le théâtre de quelques surprises et déceptions. Le cas de Tiger Woods en est l'une des illustrations. Tenant du titre, l'Américain est arrivé à Augusta ambitieux, malgré les soucis de santé de son père - il lutte contre un cancer - qui le perturbent. Initiateur de la fulgurante carrière de son fils, et toujours présent pour lui distiller des conseils, Earl Woods était absent au Masters pour la première fois cette année, et le n°1 mondial n'a pas cherché à nier les conséquences de cette absence. Mais, au-delà de cette situation psychologique complexe, c'est surtout le putt qui a fait défaut au quadruple vainqueur du Masters. «
Je suis sûr que mon père m'a regardé et devait être un peu en colère contre ma façon de putter aujourd'hui, a expliqué l'Américain dimanche.
Il devait savoir ce que je faisais mal. J'ai putté atrocement aujourd'hui. Je vais probablement briser mon putter en 8.»
Woods, qui termine 3e ex aequo à 3 coups, a donc laissé le soin à d'autres de faire douter Mickelson, si jamais cela fut possible. Ainsi, Tim Clark constitue la principale surprise du premier Majeur de l'année. Le Sud-Africain participait à son cinquième Masters, pour une meilleure place de 13e en 2003. Loin d'être un gros frappeur, le 15e joueur mondial (il était 30e avant le tournoi) a fait des merveilles dans le petit jeu, à l'image de cette sortie de bunker qu'il a rentrée au 18e trou, lui offrant un birdie et la 2e place finale.
En revanche, tout comme pour Woods, le putter fut fatal à Fred Couples. L'Américain, déjà vainqueur en 1992 à Augusta, était dans la dernière partie avec Mickelson, et ses échecs répétés lors de putts de quelques mètres ont dû grandement soulager son partenaire. Car Couples, parfait du tee jusqu'au green, possédait (presque) toutes les cartes pour s'imposer. Ces cartes, Chad Campbell a cru les avoir en mains durant deux tours, le temps pour l'Américain de prendre la tête du tournoi. En effet, vendredi soir, après un superbe 67, il comptait 3 coups d'avance sur
Vijay Singhet
Rocco Mediate. Et puis il s'est écroulé au troisième tour. Certainement perturbé par l'interruption dûe à l'orage (il a joué 4 trous samedi et les 14 autres dimanche matin), il a rendu une carte de 75, est rentré dans le rang et a perdu une partie de ses espoirs de victoire. Grâce à son 71 du quatrième tour, il finit tout de même à la 3e place. Enfin, la folle remontée du tournoi est l'oeuvre de
Jose Maria Olazabal. Seulement 22e à l'issue du 3e tour, à 6 coups de Mickelson, l'Espagnol, double vainqueur du Masters (1994 et 1999), s'est offert 7 birdies et un eagle lors du dernier tour pour rendre une carte de 66 (record de l'édition 2006) et faire partie du groupe des 3es ex aequo.
En revanche, certains golfeurs peuvent repartir déçus d'Augusta. Vijay Singh, par exemple, qui était leader le premier soir et qui a peu à peu perdu du terrain au fil des tours. Le vainqueur de l'édition 2000 termine néanmoins 8e ex aequo, à 4 coups du leader. Et que dire de l'Américain
Chris DiMarco, dauphin de Woods l'an dernier, qui faisait partie des favoris et n'a pas passé le cut, tout comme l'Ecossais
Colin Montgomerieou le représentant français,
Thomas Levet.