
| Denis Horeau, directeur de course du Vendée Globe. (L'Equipe) |
VENDEE GLOBE 2008 - DENIS HOREAU
DENIS HOREAU : «LE VENDEE GRAVIT À CHAQUE FOIS UN ÉCHELON»
A quelques jours du départ du Vendée Globe 2008, nous avons rencontré Denis Horeau, directeur de course de cette mythique épreuve. L'occasion d'en savoir plus sur la manière dont est organisé un événement comme celui-là et surtout de mieux comprendre ce qu'il représente dans le monde la voile.
« Denis Horeau, le rythme du Vendée Globe, tous les quatre ans, est-il une nécessité en terme d'organisation ?
Il répond au calendrier des grandes compétitions internationales, comme les coupes du monde en football. C'est un calendrier qui convient très bien à ce très grand événement de la voile. Il présente l'avantage de permettre une vraie évolution des hommes, des bateaux, des structures. Depuis 1989, chaque édition a marqué un tournant. Si le rythme avait été plus court nous aurions pris le risque de nous répéter. Il existe des épreuves en voile qui, chaque année, font exactement la même chose que l'année précédente. C'est dommage. Ce n'est pas le cas du Vendée Globe. Au fil des éditions, les hommes ont énormément appris, les architectes du monde entier sont venus travailler sur l'événement, la météo est beaucoup plus fiable, les bateaux sont réellement très différents, le parcours a changé, la façon d'organiser à évoluer. A chaque fois, le Vendée Globe gravit un échelon et il est finalement très représentatif de la société et de la voile en général.
De quelle manière ?
Jusque dans les années 2000, il était envisageable que les concurrents descendent assez bas dans le Sud. A partir de 2004 notamment, les mentalités ont changé. Descendre dans le sud et éventuellement rencontrer de la glace ne devait pas faire obligatoirement partie du jeu. Je rappelle qu'en 1989 et 1992, des skippers comme Van den Heede descendaient par 56° sud, étaient entourés de glace. Aujourd'hui, l'élement glace ne fait plus partie du jeu du tout. On peut le regretter ou pas.
Est-ce pour des raisons de sécurité ?
Bien sûr. Le marins considèrent que le Vendée Globe est une grande régate autour du monde dans laquelle les éléments qu'on aurait pensé être des éléments d'aventure par le passé, n'en sont plus. La régate n'en a plus besoin. Nous avons adapté le parcours - c'est une volonté évidemment de l'organisateur - et nous sommes remontés plus au nord pour diminuer les risques de collisions. Nous avons mis en place des systèmes, notamment avec le CNES, pour visualiser les glaces dérivantes avec les satellites. Le processus a démarré en 2000-2004 et nous montons encore les portes en 2008. Le sport qui était plutôt débridé, d'aventure, avec ses règles et ses lois de l'époque, ne correspond plus à la notion de sport d'aujourd'hui. Nous avons éliminé dans la compétition, ce que nous pouvons appeler les parasites. C'est la même chose en montagne.
Peut-on alors parler du Vendée Globe comme d'une aventure en 1989 et comme d'une compétition en 2008 ?
Cela me gênerait énormément. Le Vendée Globe est basé sur trois éléments. Un : la compétition. Ne pensez surtout pas que Titouan Lamazou, Alain Gautier ou Christophe Auguin sont venus pour s'amuser. Ils sont tous venus pour gagner. Et ils ont gagné. La compétition existe depuis le premier jour. Personne ne vient faire de la figuration. Deux : un engagement très fort. A ce niveau là, c'est une aventure. Quand on fait le Vendée Globe, on met dans la balance quatre ans de sa vie. C'est une aventure personnelle de très haut niveau. Quand Yves Parlier part en 2000, il a un bateau qui est très en avance sur son époque. Il est le compétiteur incarné, le sportif à 100%. Ce même sportif devient en l'espace d'une fraction de seconde Robinson Crusoé. Il change tout à coup de décor mais reste le même mec, avec le même bateau dans la même compétition même s'il se retrouve à manger des algues dans une île du Sud. Trois : l'adhésion du public. Depuis 1989, elle ne fait que croître. C'est un élément indispensable. Le public est présent au départ aux Sables d'Olonne pour dire à un skippeur « tu vas faire un tour du monde pour moi ». Cela nous ramène sûrement à l'époque des grandes découvertes et du besoin de l'homme à toujours aller voir ailleurs. Et comme on n'est pas tous en mesure de le faire alors on charge un autre.
Avez-vous des contraintes imposées concernant le parcours ?
Les MRCC (Maritime Rescue Co-ordination Centres, ndlr), notamment à Canberra en Australie, nous demandent un certain nombre de choses. Entre autres que la course ne passe pas très loin de leurs bases aéronavales pour, en cas de souci, permettre aux avions de décoller et de rester sur zone suffisamment longtemps pour être à même de régler le problème. Ils émettent surtout des souhaits forts, très légitimes. Je n'oublierai jamais les skippers qu'ils ont sauvés.
Qu'est-ce que vous préférez et qu'est-ce qui vous pèse le plus dans votre travail de directeur de course ?
Organiser des courses de bateaux comme le Vendée Globe, c'est pour nous une véritable aventure, un vrai engagement personnel, comme pour les navigateurs. Nous le faisons de manière très différente, certes pas en mer, mais à Paris ou aux Sables d'Olonne. C'est positif. Le côté négatif c'est de devoir évidemment affronter des situations délicates. »