Lionel Lemonchois est apparu ému mais souriant, en tous cas peu marqué, à l'arrivée de la Route du Rhum qu'il a remportée lundi en un temps record. Quelques minutes après avoir reçu la coupe du vainqueur, il est revenu sur sa course, mettant surtout en avant le plaisir qu'il dit avoir pris pendant cette traversée de l'Atlantique en solitaire sur son trimaran Gitana XI.
«Lionel Demonchois, vous avez mené pendant cette course un rythme infernal qui a épuisé vos adversaires l'un après l'autre. Avez-vous vous-même souffert à certains moments? Non (il sourit), non, je m'excuse. Je n'ai pas souffert et je ne me suis pas fait peur non plus. J'ai pris un plaisir incroyable du départ jusqu'à l'arrivée, ça n'a été que du bonheur. Je n'ai jamais eu l'impression de m'épuiser, et il faut dire que les conditions météos étaient très favorables à la vitesse mais pas très dures.
Vous avez connu l'état de grâce du sportif? Avec Gitana, j'ai effectivement atteint un niveau d'harmonie et d'osmose étonnant. On a eu l'impression que tout se passait parfaitement bien. Je n'avais je crois jamais ressenti ça à ce point-là, en tout cas en solitaire. C'était comme dans un film, il y a des moments de grâce comme ça...
Vous avez néanmoins raconté, jeudi, que vous aviez succombé au sommeil quatre heures d'affilée, ce qui est très imprudent sur un multicoque. Oui, j'en avais besoin. En fait je me suis endormi à l'intérieur avec le bruit du moteur (générateur d'électricité), mon routeur Yann Guichard a essayé pendant tout ce temps de me réveiller au téléphone, en vain. Il m'a un peu tiré les oreilles ensuite. Finalement, j'ai fait cette petite impasse sur la course pendant quatre heures, ça aurait pu me pénaliser, mais par chance c'est tombé à un bon moment de la course. J'ai eu un peu de chance.
Votre routeur n'a pas seulement été là pour vous réveiller... Non, mes tacticiens Sylvain Mondon et Yann Guichard sont des gens très forts. Sylvain Mondon, de Météo-France, préparait les fichiers météo et les envoyait à Yann. Yann, qui est un navigateur, les analysait et me soumettait des stratégies. C'était à moi de prendre ou de ne pas prendre. Le plus souvent, j'ai pris, parce que j'ai confiance en eux. Je leur dois la course, ils ont été la tête et moi les bras.
Vous n'avez jamais couru sur votre propre bateau. Cette victoire va-t-elle orienter votre avenir? Honnêtement je n'ai pas du tout réfléchi à la question. J'ai juste envie de continuer à faire des courses et à les gagner. Si c'est sur un trimaran tant mieux, mais j'aime toutes les formes de courses. Cette saison, j'ai fait deux courses en trimaran et deux courses en Figaro, j'ai pris autant de plaisir à chaque fois.
Peut-être avez-vous envie de devenir chef de votre propre projet? Chef? Oh non, pas chef. Mais pas question non plus de me poser, à 46 ans, ma carrière est plutôt derrière moi que devant. C'est pourquoi je vais essayer de vivre encore quelques belles années en course.
Votre victoire semble faire plaisir à tout le monde dans le milieu de la course au large. Les skippeurs qui se sont exprimés ont dit qu'ils étaient heureux que ce soit vous le vainqueur. R: (un silence) C'est fort. Je suis un peu ému. (Lemonchois est au bord des larmes). Je les remercie.»